Franc maçonnerie et anthropologie chrétienne (2/2)

 

J’ai lu vos articles concernant la franc-maçonnerie (…) Il me semble, depuis mon retour à l’Eglise, que l’esprit maçonnique a profondément influencé le discours ambiant, et nombre de chrétiens utilisent des mots et des modes de pensée que l’on trouvait typiquement dans les sociétés initiatiques… et il devient de plus en plus difficile de ne pas faire la confusion entre le message de Jésus-Christ et ce qui a animé l’Eglise d’un côté et l’esprit d’embrouillamini suintant de confusions des sociétés paramaçonniques. Hélas, mais c’est ainsi. Et après vous avoir dit ceci, ne serait-il pas opportun d’apporter des éléments pour aider au discernement des catholiques sur ces sujets, qui touchent certes à l’identité chrétienne, mais surtout au devoir de mission et de propagation de la Bonne Nouvelle ? Je ne voulais pas terminer ce mot sans vous féliciter pour ce que vous faites (2/2).

Après avoir abordé les aspects plus spéculatifs dans le premier volet de la question, passons maintenant à la partie anthropologique et sociétale. L’auteur de la question soulignait « le miroir aux alouettes » ésotérique. Plusieurs maçons qui (re)découvrent la foi évoquent en effet la vacuité des rites et symboles qui ne débouchent que sur du vide. C’est, au sens propre, de l’idolâtrie, où la personne confie sa vie à une idole inerte et non pas à une force (ne parlons pas de Dieu à ce stade) agissante.

Il en résulte l’ « embrouillamini » conceptuel et comportemental que le lecteur pointe. Pas plus que des sagesses orientales méditant sur le Vide, la spiritualité maçonnique ne peut répondre aux grandes questions de la vie humaine : la mort, le mal, le tragique de l’existence, mais aussi la vie, l’amour, le don. Son idéologie venant des Lumière fondée sur l’autonomie radicale de l’homme à l’égard de Dieu – si tant est qu’Il existe – et la négation de limites à l’action humaine se traduit dans le champ sociétal, comme l’auteur de la question le regrette. Sur le plan éthique, les loges (quoiqu’il faille nuancer selon les loges et les obédiences) prônent par conséquent une anthropologie n’ayant rien de chrétien et méprisant la dignité de la personne humaine (avortement, PMA, GPA, euthanasie, transhumanisme etc).

Leur influence a, de fait, profondément imprégné l’ensemble de la société, y compris chrétienne. Cela se traduit jusque dans le vocabulaire : on « planche » bien sur un sujet. Pour prendre un exemple moins anecdotique, remarquons comment la franc-maçonnerie s’est appropriée l’idéologie et le vocabulaire islamiste, par antichristianisme, fut-il, inconscient chez certains. Le Coran évoque les « Gens du Livre » pour parler des Juifs et des chrétiens. Combien de maçons, et à leur suite de politiques, décideurs administratifs et économiques nous parlent-ils des « Religions du Livre » ? Or, le christianisme, nous avons déjà publié un article à ce sujet, n’est pas une religion du Livre mais de l’Incarnation (https://www.reponses-catholiques.fr/religions-du-livre-13/). C’est même la point de l’objection chrétienne à l’accusation de polythéisme des musulmans à notre égard : le Verbe de Dieu est peut-être un livre dans l’Islam, le Coran, mais il est une Personne en christianisme, le Christ. La Bible n’est donc pas l’équivalent du Coran. Cette réfutation était déjà celle de St Jean Damascène au VIIIe siècle et nous pouvons certifier au lecteur que les musulmans ne trouvent rien à y répondre aujourd’hui. Donc, la franc-maçonnerie et nos élites à sa suite adoptent la phraséologie et les cadres conceptuels de l’Islam pour parler du christianisme. Un moyen comme un autre de contribuer à la faire disparaître.

Nous sommes donc bien d’accord avec le lecteur de la nécessité de former les chrétiens, témoigner à leur égard et d’évangéliser les tièdes. Cela commence tout simplement par la sémantique. Que chaque lecteur reprenne son interlocuteur, réagisse sur les réseaux sociaux et fasse attention à ce qu’il dit : non, le christianisme n’est pas une religion du Livre, non on ne meurt pas dans la dignité par euthanasie, non un enfant n’a pas deux pères ou deux mères, non les chrétiens ne parlent pas « des fêtes de fin d’année » mais de Noël, non, on ne part pas en long weekend pour « le 15 août » mais pour l’Assomption etc. Qui ira le dire à son travail, en famille, à ses amis ?

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