Femme de l’Apocalypse ou Vierge des sept douleurs?

La Tradition immémoriale, que vous rappelez d’ailleurs dans vos récents articles, voit en la Femme de l’Apocalypse (chapitre 12) la Très Sainte Vierge Marie. Or, il est bien précisé dans ce livre que : “elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement.” Or, il est reconnu, par une autre tradition, que la Sainte Vierge ne souffrit pas pendant son enfantement :a) Parce que le “tu enfanteras dans la douleur” était la sanction réservée à Eve et sa descendance pécheresse en raison de sa faute. Marie n’ayant pas péché, il n’y avait aucune raison qu’elle souffrît durant l’enfantement b) C’est reconnu également : dans les sept douleurs de la Vierge (1221), ne figure pas l’enfantement c) Que Jésus ait permis la présence de sa Mère sur le Calvaire et donc sa souffrance, provoquée par une crucifixion orchestrée par d’autres, on peut le comprendre ; que Jésus ait décidé, dans son enfantement, de faire lui-même “exprès” mal à sa Mère qui est la créature la plus parfaite, cela me dépasse. Or ces deux théories a) La femme de l’Apocalypse est Marie et b) Marie n’a pas souffert lors de son enfantement) sont contradictoires. Du coup, laquelle est la bonne?

Si une tradition est immémoriale, elle a de bonnes chances de ne pas être catholique, ni même judéo-chrétienne. Notre foi, au contraire, consiste à faire mémoire des merveilles que Dieu a fait pour son Peuple depuis les temps bibliques, et du Salut qu’Il nous apporte par la mort et la Résurrection de son Fils, non pas dans un temps immémorial nébuleux, mais bien à un moment clairement daté de l’Histoire.

Que la Femme d’Apocalypse 12 soit Marie, c’est attesté par l’Ecriture : le verset 5 nous précise qu’elle enfante « un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône ». Porter un sceptre de fer est un titre messianique depuis l’Ancien Testament, par exemple en Ps 2, 9. Le Messie, c’est Jésus-Christ. Donc la Femme d’Apocalypse 12 est la mère de Jésus-Christ. La mère de Jésus-Christ, c’est Marie. Par conséquent, la femme d’Ap 12 est bien la Vierge Marie.

Cette tradition s’appuie donc bien sur la Bible. Le lecteur intéressé pour en savoir plus pourra par exemple lire le livre du jésuite belge Yves Simoens, spécialiste de St Jean : Apocalypse de Jean, Apocalypse de Jésus-Christ.

La tradition mystique des sept douleurs de Notre Dame, effectivement formalisée dans son acception actuelle en 1221, s’appuie aussi sur des passages de l’Ecriture. En revanche, nous nous demandons où le lecteur a pris que Marie n’aurait pas souffert lors de son accouchement. Ce n’est attesté nulle part dans la Bible.

D’une part, ce n’est pas parce que les sept douleurs de Notre Dame des douleurs ne mentionnent pas son accouchement que cela prétend résumer de façon exhaustive toutes les douleurs de la Vierge : de celles où elle a fait ses dents bébé, à un rhume, sans passer par les insultes et les insinuations quand elle s’est trouvée enceinte hors mariage avant que Joseph ne l’épouse. Cette tradition mystique ne prétend absolument pas à ce genre d’exhaustivité, elle pointe juste celles qui sont signifiantes sur le plan spirituel.

D’autre part, nous ne connaissons pas de bibliste sérieux qui interprète encore les douleurs de l’enfantement d’Eve au chapitre 3 de la Genèse comme une « sanction ». Gn 3, 16 montre comment le péché a altéré les relations entre l’homme et la femme. Le constat est fait que, face aux dangers de la procréation, la femme risque de se retrouver bien seule, sans que l’homme prenne sa part pour l’aider. C’est l’harmonie brisée des relations homme-femme qui est pointée.

De même, au verset 17, l’homme doit gagner son pain à la sueur de son front. Mais c’est le sol qui est maudit, pas l’homme, ni le travail. Ce n’est pas une malédiction mais le constat d’une rupture dans l’équilibre de la Création, là où, précédemment, l’homme travaillait déjà dans le jardin d’Eden (Gn 2 le spécifie bien) mais sans pénibilité… On parlerait de nos jours d’une crise écologique. Bref, cela n’enlève rien à la dignité du travail : St Joseph, le patron des travailleurs, est leur modèle. Or, c’est un « homme juste » (Mt 1, 19). Par conséquent, pas plus que la procréation, le travail ne découle automatiquement du péché. D’ailleurs, encore une fois, en Gn 3, 16-17, ce sont le serpent et le sol qui sont maudits, pas la femme et l’homme, bien qu’ils aient péché.

Au contraire, le verset 15 nous parle de la descendance de la femme qui sera meurtrie au talon par le serpent mais qui lui meurtrira la tête… Ce qui s’accomplit en Ap 12. Le dragon – le verset 9 précise bien que le dragon est l’antique serpent – est écrasé sur la terre et ne peut réussir à faire de mal à la Femme.

Cette interprétation de Gn 3 de l’altération des relations homme-femme est confirmée par plusieurs théologiens. Citons un autre Belge, André Wénin, et son Homme biblique, qui développe ces points. Mais, surtout, c’est un des fondements de la Théologie du corps de St Jean-Paul II.

Pour conclure, nous maintenons notre interprétation d’Ap 12 et conseillons à nos lecteurs de s’en tenir à ce qui est fondé dans l’Ecriture, sans faire dire à la tradition théologique ou mystique ce qu’elle ne dit pas.

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