Faut-il supprimer l’Ancien Testament à la messe?

Pourquoi se croit-on obligé, lors de la messe, le lire un texte de l’Ancien Testament, qui n’est qu’une suite de tueries, génocides et autres violences. Il est vrai que beaucoup de ces textes sont pieusement écartés pour se concentrer sur les Livres Sapientiaux, que l’on étudie parce que les exégètes s’y croient tenus.

Le refus de l’Ancien Testament est une des plus anciennes hérésies chrétiennes, puisque c’est celle de Marcion qui, dès le IIe siècle, croyait en un deuxième dieu supérieur au Dieu de la Bible, c’est-à-dire de l’Ancien Testament. C’est aussi le lit de tous les antisémitismes, puisqu’Hitler lui-même voulait faire retirer l’Ancien Testament de la Bible et annexer Mein Kampf au Nouveau Testament. On se souvient des Torah (donc les cinq premiers livres de l’Ancien Testament) brulées pendant la Nuit de cristal. L’Eglise a toujours combattu de toutes ses forces cette déviance-là.

L’Ecriture est sainte et inspirée par le St Esprit. Toute l’Ecriture, Ancien Testament compris. Comme le disait Pascal, la foi catholique est crédible du fait des prophéties et des miracles, c’est-à-dire l’Ancien Testament qui voit ses prophéties réalisées en Jésus-Christ, et le Nouveau qui le voit réaliser les miracles qui permettent de croire que le Royaume de Dieu est parmi nous.

L’Ancien Testament raconte l’Histoire du salut depuis les origines et l’Alliance de Dieu avec son Peuple. Ce salut débute avec la Création du monde, qui est déjà une œuvre de salut car il vaut mieux exister qu’être dans le néant. Elle se poursuit avec l’Alliance avec Abraham, le don de la Loi au Sinaï, les promesses tenues au Peuple d’Israël malgré les vicissitudes de l’Histoire… Dont la promesse d’un Messie sauveur qui vient en Jésus, détruire l’ennemi ultime qu’est la mort, comme le dit St Paul (1 Co 15, 26). Mais si les Juifs attendaient ce Messie-là, c’est bien parce que les Livres prophétiques l’annonçaient, et que le Livre de Daniel et le Deuxième livre des Maccabées annonçaient la résurrection des morts.

Quant à la « suite de tueries, génocides et autres violences », et bien, nous avons envie de dire, c’est la vie. Malheureusement mais c’est la vie. La Bible n’est pas un conte de fée ou un roman à l’eau de rose, c’est l’Histoire spirituelle de l’humanité, avec ses ombres et lumières. D’ailleurs, à ce compte-là, il faudrait aussi supprimer le Nouveau Testament car, si la crucifixion du Christ, la lapidation d’Etienne et la persécution des chrétiens décrite dans l’Apocalypse ne sont pas des « tueries, génocides et autres violences », qu’est-ce que c’est ?

Et, pour dire que les textes violents sont « pieusement écartés » des lectures de la Liturgie au profit de « Livres Sapientiaux, que l’on étudie parce que les exégètes s’y croient tenus. », il faut que l’auteur de la question n’ait pas mis les pieds à la messe depuis longtemps pour dire une chose pareille. Qu’en est-il quand on lit le texte du sacrifice d’Abraham, épisode dérangeant s’il en est ? Les démêlées de la stérile Anne avec sa rivale avant qu’elle enfante le petit Samuel ? Le meurtre d’Urie et l’adultère avec Bethsabée ? Les Dix plaies d’Egypte, le passage de la Mer Rouge et la noyade des Egyptiens ?

On pourrait multiplier les exemples. Pour autant, notre foi catholique est bien que ces passages nous disent quelque chose d’une histoire sainte jusqu’à nos jours.

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