Faut-il être naïf pour croire? (8/8)

8ème question : Finalement, la plus grande qualité de l’homme, ne serait-ce pas son caractère naïf ? Plus on est naïf, moins on est méfiant, et plus facile il sera de croire, non ? Or, nous n’avons pas tous ce même degré de naïveté ? Est-ce juste ? Voilà, j’ai encore beaucoup d’autres questions, mais disons que je vais m’arrêter là pour le moment. (8/8)

Ce que toute la doctrine catholique affirme, c’est qu’il n’y a d’opposition entre foi et raison. C’est même la devise de notre site. Certains peuvent se convertir suite à une expérience mystique forte, être touchés dans leur cœur suite à des événements de la vie, une parole, une émotion esthétique – d’où l’importance de cultiver le Beau avec l’art sacré – une rencontre, un geste de charité. D’autres découvrent la foi suite un cheminement intellectuel. C’est le cas de St Augustin. L’expérience de conversion en entendant la voix lui disant « tolle, lege » (« prends, lis ») dans le jardin a bien été préparée par toute sa recherche philosophique antérieure. Augustin n’avait rien d’un naïf, c’était une des hommes les plus intelligents de son temps, un intellectuel habile et ambitieux.

De grands scientifiques, tels que Pascal, Pasteur, Teilhard de Chardin ou le Pr. Lejeune avaient une foi profonde. Mais aussi des hommes politiques, Constantin au IVe siècle, St Louis, Charles Quint, Louis XIV ou De Gaulle, pour brosser 1700 ans en quelques noms. Ce n’étaient en rien des naïfs et ils ont gouverné leur Etat de façon avisée, pris des décisions politiques, mené des guerres etc. Nous pouvons même aller jusqu’à dire qu’ils n’étaient pas « des enfants de cœur » et certains d’entre eux ont fait preuve de rouerie, voire de brutalité. On peut discuter de leur comportement moral mais leur foi était sincère et, en même temps, il nous semble difficile de prétendre à leur naïveté.

Par conséquent, la foi n’a rien à voir avec un quelconque degré de naïveté et ce n’est pas un apanage de ravis de la crèche. Ce que le Christ nous dit, en revanche, c’est que, « Celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux » (Mt 18, 4). Il ne s’agit pas de s’infantiliser, il s’agit de se faire « petit comme » un enfant qui s’est approché de Jésus, c’est-à-dire de retrouver une certaine fraicheur, une simplicité, une humilité, une capacité à aimer sans détour qui ne permet ni cynisme, ni morgue. Mais ce n’est pas la même chose que la naïveté car cela implique, au contraire du naïf prêt à croire n’importe quoi, de garder toute son intelligence et tout son discernement.