Faire son deuil

Pourquoi a-t-on du mal à faire le deuil (enterrement d’une tante très proche mercredi)?

Rien de plus normal que d’avoir du mal à faire le deuil d’une personne décédée. D’une part, si c’est un être cher, on expérimente la séparation définitive. D’autre part, plus globalement, la mort d’un autre nous renvoie au scandale qu’est la mort et nous confronte à la nôtre. Quoiqu’on la refoule et qu’on évite d’y penser, elle est toujours là. Nous sommes des « êtres-pour-la-mort », écrivait le philosophe athée Heidegger. Cette difficulté est donc profondément ancrée dans notre humanité, ou, pour le dire philosophiquement, anthropologiquement.

Cette méditation face au scandale et au mystère de la mort est parfois le début d’une conversion, voire d’une expérience mystique. Car la Bonne nouvelle chrétienne est bien notre libération de la mort, et du péché qui en est la marque en dégradé. « Il est venu pour que nous ayons la vie, et que nous l’ayons en abondance », nous écrit St Jean (Jn 10, 10). C’est cette promesse-là que nous devons croire et annoncer à temps et à contre-temps.

Mais la pesanteur de notre humanité n’en est pas gommée pour autant. « Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance », nous dit St Paul (Rm 8, 24-25). L’attitude d’espérance face à la mort est donc un acte de foi, sans certitude à vue humaine. Les funérailles chrétiennes en prennent acte : d’un coté, la présence du cierge pascal, de chants, de lectures, éventuellement d’une eucharistie (qui est une « action de grâce » en grec) proclament cette espérance. De l’autre, la couleur liturgique violette et l’ambiance générale de la liturgie tiennent compte de la gravité du moment.

Bien sûr, être chrétien et croyant ne fait pas faire l’économie du deuil et de la peur de la mort. Mais ils aident à la traverser. Le lecteur pourra (re)lire Dialogue des carmélites à ce sujet. Il pourra contempler celle qui a été forte toute sa vie mais traverse difficilement sa mort, celle qui a peur de mourir mais monte finalement au martyre, celle qui est prête pour l’échafaud mais doit finir par vivre et porter le deuil de ses sœurs et faire vivre leur acte.

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