Expulser les démons et parler en langue au sens propre ou figuré?

“Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom ils expulseront les démons et ils parleront en langues nouvelles”,…etc (Saint Marc 16/17 -traduction officielle liturgique); Faut-il prendre ces déclarations au premier degré ? Pour les “langues nouvelles”, à part quelques personnes du Renouveau Charismatique ! Et à quoi servent-elles ?

Elles sont à prendre à la fois au premier degré et au sens figuré. Il est patent que de réelles expulsions de démons ont lieu, via les exorcismes. Chaque diocèse a un prêtre exorciste.  De même, comme le rappelle la question, des personnes « parlent en langue », et cela depuis les premiers temps de l’Eglise, comme St Paul dans la Première épître aux Corinthiens. A quoi elles servent ? A prophétiser et à renforcer la foi des fidèles  (cf. Eglise et glossolalie — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr))

Plus largement, on peut interpréter cette prophétie selon les différents sens de l’Ecriture :

  • Le sens littéral, dont nous venons de parler
  • Le sens allégorique
  • Le sens éthique
  • Le sens anagogique, qui vise la finalité du texte, les fins dernières, et a donc souvent un sens mystique plus marqué.

Que peut vouloir dire « expulser les démons » ? Les charismatiques le savent bien, au-delà des exorcismes proprement dits, les prières de délivrances et les retraites de guérisons intérieures libèrent de liens et de blessures pouvant mettre en jeu des forces maléfiques. Mais tout engagement chrétien contre le mal sous toutes ses formes, aide aux plus fragiles, combat pour la justice, défense de la vie, catéchèse, en un mot les œuvres de miséricorde matérielles et spirituelles… Et une façon de faire reculer le mal et les forces qui le diffusent.

Pour les « langues nouvelles », si le Nouveau Testament a été écrit en grec alors que ses protagonistes sont pour la plupart juifs, c’est déjà l’usage d’une « langue nouvelle ». Ecrire en grec a permis à l’Evangile de se répandre dans tout le monde connu dès les premiers temps de l’Eglise.

Ce travail d’inculturation et d’adaptation linguistique a été permanent et bien des ecclésiastiques ont écrit des dictionnaires de traduction, traduit des œuvres de toutes sortes de cultures, et adapté la foi chrétienne dans toutes les langues.

Mais les « langues nouvelles » ne sont pas seulement linguistiques. L’Eglise a adopté le langage de la philosophie, de la science quand c’était nécessaire, des sciences humaines quand elles peuvent apporter quelque chose, actuellement du numérique et déjà maintenant de l’intelligence artificielle. Quand St Thomas d’Aquin est enseigné dans les facultés de philosophie les plus anticléricales, Teilhard de Chardin est reconnu pour ses travaux de paléontologie et en même temps son œuvre mystique, le jésuite Denis Vasse écrit des livres de psychanalyse, que Pitch My Church développe les solutions numériques chrétiennes ou qu’Eric Salobir est écouté par les patrons de la Silicon Valley… Des croyants annoncent l’Evangile dans des langues nouvelles.