Est-ce bien une vierge qui enfante l’Emmanuel?

Le verset du livre d’Isaïe, au quatorzième verset du chapitre sept, est-il mal traduit ? En effet, dans la plupart des Bibles chrétiennes, la traduction est celle-ci : “Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : Voici, la “vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel.” Mais un ami juif m’a fait remarquer que, d’après lui, le mot “vierge” à s’est substitué à “jeune femme” Voici, la “jeune femme”, le mot hébreu alma signifiant « jeune femme », et non une vierge. Qu’en dire ?

Non, il n’est pas mal traduit, même si cet ami juif a raison également. Almah, en hébreu, se traduit effectivement par « jeune fille », ou « jeune femme ». Ca ne garantit pas qu’elle est vierge, mais, compte-tenu des mœurs de l’époque, une jeune fille non mariée était censée l’être. Et c’est bien le mot almah qui est dans le texte d’Isaïe en hébreu.

Ce qui est intéressant, c’est que la version grecque de l’Ancien Testament, la Septante, a traduit almah par parthenos, « vierge » en grec. Et là, c’est sans ambiguïté : une parthenos est bien vierge.

La Bible hébraïque a été traduite en grec à Alexandrie au IIIe siècle avant J.-C. La Lettre d’Aristée, puis Philon d’Alexandrie rapportent que le roi Ptolémée II a voulu faire traduire  le contenu des Ecritures saintes des Juifs pour être sûr qu’ils ne contiennent pas de messages subversifs pour son royaume. 72 (ou 70) scribes ont été enfermés chacun chez soi pour traduire l’Ecriture sans pouvoir se mettre d’accord sur une version édulcorée. A la fin, il s’est révélé à la mise en commun des 72/70 versions qu’elles étaient toutes identiques. D’où le nom de Bible des Septantes.

Pour en revenir à la parthenos d’Isaïe, les Ecritures chrétiennes sont rédigées en grec. Leurs références à l’Ancien Testament sont par conséquent aussi en grec : les citations dans le Nouveau Testament sont faites à partir du texte de la Septante. La citation d’Isaïe 7, 14 est donc bien « vierge » dans le Nouveau Testament.

Pourquoi ces scribes ont traduit par « vierge » l’almah hébraïque au moins 200 ans avant la Vierge Marie ? Est-ce juste une approximation, une jeune fille étant forcément vierge selon eux ? Mais la prophétie de l’Emmanuel évoque un enfant du roi Achaz, il aurait été plus logique de comprendre que c’est sa jeune épouse qui est enceinte, et non une vierge. Ou alors, c’est donc que, dès cette époque, certains scribes ont reçu cet oracle comme une prophétie de naissance miraculeuse à venir, et pas seulement comme l’annonce d’un fils d’Achaz.

C’est l’interprétation catholique (et orthodoxe), rejetée par les Juifs et les Protestants : la prophétie de l’Emmanuel est quand même un oracle de salut qui annonce la naissance d’un Messie à venir, Messie qui nait d’une jeune femme que certains ont vue vierge plus de deux siècles avant.

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