Epouser un franc-maçon?

Cela fait plus de six ans que je suis en couple. je voulais concrétiser notre union par un mariage mais je commence à me demander si c’est la bonne personne. En effet, il y a deux ans mon compagnon est devenu franc-maçon. Je ne l’ai jamais accepté et je me demande si ma foi peut être compatible avec ça. Louer un “grand architecte de l’univers” se proclamer” maître” ou “vénérable ” selon les grades n’est- il pas un blasphème, une défiance envers Dieu ? Tous ces rituels, ces secrets qu’il ne doit pas partager avec moi sont-ils en accord avec ma foi ? Depuis ça, il choisit des décorations avec des têtes de morts, il me dit que ça représente son identité maçonnique. Son attitude change perceptiblement on dirait qu’il se sent supérieur. Et je ne saurais comment l’expliquer à chaque réunion à laquelle il participe, notre couple en pâti, des disputes éclatent pour un rien. J’ai l’impression de lutter contre je ne sais quoi.

Il y a plusieurs niveaux de réponse à cette question. Sur le plan canonique, il n’y a pas d’empêchement à épouser un franc-maçon, tout comme un catholique peut se marier à l’église avec une personne d’une autre religion, d’une autre confession chrétienne, athée, communiste etc. Si le compagnon franc-maçon est baptisé catholique, il est même possible de faire un mariage sacramentel, et même une messe. Précisons tout de même qu’une personne franc-maçonne ne peut pas communier, ni avoir accès aux autres sacrements.

D’un point de vue éthique, comme le dit St Paul dans la Première épître aux Corinthiens, le conjoint catholique sanctifie celui ou celle qui ne l’est pas. Il y a évidemment de très bonnes personnes qui sont franc-maçonnes. N’oublions pas qu’Arnaud Beltrame avait été initié avant d’approfondir sa vie de foi et certains sont sûrement de très bons pères et de très bons maris. Il n’y a donc pas d’obstacle rédhibitoire à ce que cette union se fasse.

Plus délicate est la question de la vie spirituelle. Toujours en suivant 1 Co, le mariage avec un non-catholique ne doit en aucun cas être un obstacle à la vie de foi du conjoint catholique et de ses enfants. L’auteur de la question devra donc soigneusement clarifier cela avec son compagnon : est-il d’accord pour un mariage à l’église ? Pour que sa femme puisse vivre pleinement sa vie de foi, ce qui passe par des actes très concrets : aller à la messe quand lui aura envie d’aller aux champignons, lire la Bible, prier à la maison le chapelet ou faire oraison, participer à des journées paroissiales, pèlerinages, voire retraite en silence ? En accompagnant sa femme ou en gardant les enfants et en assurant les tâches domestiques si elle le fait seule ? Quid des enfants ? Est-il d’accord pour qu’ils soient baptisés, confirmés, fassent leur Première communion ? Qu’ils aillent au catéchisme, puis à l’aumônerie et participent à des mouvements de jeunesse type scouts ou autres ? Qu’ils aillent à des camps d’été, des pèlerinages, aux JMJ ?

Les réponses à ces questions donneront de premières indications pour discerner. Poser la question du mariage amène d’autres clarifications : « je voulais concrétiser notre union par un mariage », dit la question. Qu’en est-il du compagnon ? Est-il prêt à un mariage chrétien, c’est-à-dire libre, indissoluble, fidèle, ouvert à la vie ? Avec ce que cela suppose dans la vie intime, l’attitude face à la procréation etc ?

Un autre aspect plus inquiétant est tout simplement l’entente du couple. Si le compagnon est franc-maçon depuis seulement deux ans, il a été apprenti un an. Nous ne sommes pas trop inquiets sur la mauvaise influence occulte qu’il aurait pu avoir à ce stade. Les rites néfastes et les sacrilèges sont plutôt destinés à de plus hauts grades, déjà très engagés. Mais il convient d’être prudent. En revanche, s’il prend ses distances ou ne traite pas bien sa compagne, il faut s’interroger sur un plan purement psychologique et humain : sera-t-il un bon mari et un bon père ? La référence aux têtes de morts est peut-être l’indice d’une dépression larvée. Ce qui amène à s’interroger sur les raisons qui lui ont fait rejoindre la franc-maçonnerie. S’il se sent supérieur maintenant, c’est peut-être qu’il vivait un sentiment de dévalorisation, un mal-être profond qu’il faut l’aider à mettre à jour.

Il nous semble que l’auteur de la question ne pourra pas faire l’économie d’une préparation au mariage très solide, sans doute plus approfondie que les parcours en paroisse : en participant aux propositions d’une communauté religieuse, par exemple. Les jésuites, des communautés charismatiques, la Communauté St Martin, en font. Nous recommandons vivement une retraite de discernement, par exemple selon les Exercices spirituels d’au moins 5 jours, encore mieux 8 jours, avant de s’engager. Si le compagnon refuse d’y participer, ce n’est pas bon signe.

Enfin, il nous semble indispensable de prier et de remettre cette personne au Seigneur, de garder le dialogue avec elle pour l’amener tout doucement à réfléchir. Plusieurs anciens maçons ont témoigné. La lecture de livres comme Je servais Lucifer sans le savoir, de Serge Abad-Gallardo, peut aider.

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