Encore la contestation de la communion à la main

En réponse à https://www.reponses-catholiques.fr/contestation-de-la-communion-a-la-main-suite/, merci beaucoup pour votre réponse. Loin de moi l’idée de contester le Magistère de l’Église, mais j’ai besoin de comprendre, et au vu de mon parcours je redécouvre beaucoup de choses. Je me permets donc de répondre à vos objections pour obtenir plus de précision concernant la communion dans la main en général: Argument ecclesiologique: pouvez vous me donner la source attestant que Rome a confirmé la nécessité de donner la communion dans la main durant l’épidémie? Argument éthique: je ne crois pas que la présence réelle soit subordonnée au mode de communion mais que l’une est toujours bonne en soi (sur la langue) tandis que l’autre est une tolérance faute de pouvoir arrêter les abus (sur la main), donc si je peux éviter, j’évite. Si je dis que je préfère voir les fidèles se rendre à la messe en chemise/cravate plutôt qu’en tong/short de bain, ce n’est pas remettre la présence réelle en question mais souligner qu’une tenue est plus appropriée qu’une autre dans un lieu de culte. J’applique la même logique à la communion. Argument canonique: puisque la liceité de la communion sur la main dépend d’une indulgence, lorsque nous pouvons faire autrement ne le devons nous pas? Pendant des siècles la communion sur la langue a été obligatoire et celle sur la main illicite. Dans ce cas comment ce qui a été considéré comme illicite pendants des siècles peut-il devenir bon en 40 ans? Il est vrai que dans les premiers siècles (il y a plus de 1000 ans et dans quelles circonstances et pendant combien de temps?) on communiait ainsi. Pourtant cela semble s’être fait les mains recouvertes d’un voile blanc (dont il reste un reliquat au banc de communion), l’interdiction de toucher les saintes espèces semble donc avoir été de rigueur en ces siècles. En outre, le Lavabo lui-même, les doigts consacrés du prêtre qui ne touchent plus rien d’autres que l’Hostie et le Calice, ne témoigne-t-il pas que seul un prêtre, en temps normal, devrait avoir le droit de toucher le corps et le sang du Christ de ses mains? Vous m’avez convaincu pour la communion sur la main dans des circonstances exceptionnelles comme c’est le cas en période d’épidémie, car le Christ s’est incarné pour nous et désire que nous communion le plus souvent possible. Il serait donc très offensant de nous priver de lui pour des motifs de pureté pharisaïque lorsqu’on a pas d’autres choix. Mais j’ai besoin que vous m’éclairiez encore sur cette apparente contradiction car vous semblez sous-entendre que les deux modes de communions se valent: comment, en temps normal, la communion sur la main pourrait-elle être indifférente et même équivalente à celle sur la langue, malgré plusieurs siècles d’interdiction et finalement un développement très récent prenant naissance dans une désobéissance au pape (st Paul VI avait en effet d’abord interdit la communion dans la main avant de céder aux pressions pour éviter une plus grande division: Memoriale Domini)?

Nous sommes heureux si notre réponse a pu aider l’auteur de cette question. Mais elle bute toujours sur la même erreur : considérer que la communion dans la main est une « tolérance » douteuse. A partir du moment où elle est permise, et, encore une fois, nous ne connaissons aucun lieu où elle ne l’est pas, il n’y a rien à redire. Il n’y a pas de communion à deux vitesses, pas plus qu’il n’y a de chrétiens à deux vitesses. Ou alors, s’il y a vraiment des pratiques à deux vitesses, ce ne sont pas forcément ceux qui se croient en première vitesse qui y sont : ce seraient alors les chrétiens d’origine juive qui respectent la casherout, qui seraient en première vitesse, comme les conflits des Actes des Apôtres le montrent. Et, dans la casherout, pas d’aliments donnés sur la langue lors d’un seder pascal ou tout autre repas juif comme le Christ l’a vécu le soir du Jeudi Saint.

Bref, le Concile de Jérusalem a réglé ce problème il y a 2000 ans. Quand une pratique est licite dans l’Eglise, elle est licite, point.

Passons à un autre point : le St Siège a plusieurs fois communiqué sur la nécessité de respecter les consignes sanitaires et, une de ces consignes prises par la plupart des conférences épiscopales, c’est la communion à la main en crise sanitaire, le port du masque, le retrait de l’eau dans les bénitiers, la suspension du rite de l’échange de paix par contact (rite restauré pourtant dans le même renouveau liturgique que la communion à la bouche). Comment se fait-il que les mêmes qui nous posent depuis maintenant des semaines des questions sur la communion ne protestent pas sur l’absence du geste de paix ? Par ailleurs, il suffit de regarder KTO pour voir que c’est ainsi que les messes au Vatican se passent en ce moment.

Pour ce qui est du prêtre qui serait le seul à pouvoir toucher les saintes espèces, nous renvoyons à nos réponses qui montrent de multiples contre-exemples : port de la communion aux malades, communion donnée par des laïcs à la messe, adorations eucharistiques ou assemblées en absence de prêtre dans des communautés féminines etc.

Venons-en à l’historique de la communion à la main. L’auteur de la question y répond lui-même. Pendant des siècles, la communion se pratiquait à la main. Comment a-t-on pu accepter que ce qui était sacré à un moment ne le soit plus ? Et, non, on n’a pas toujours communié avec un linge blanc. Les recherches archéologiques n’indiquent rien de tel chez les premiers chrétiens, ni, comme dit ci-dessus, dans les repas de fête juifs. S’il y a bien des gens qui ont le sens des traditions et une bonne mémoire, ce sont les Juifs. Et les traditions juives qui perdurent dans le seder pascal ou les repas de shabbat, sur lesquels est calquée en grande partie la liturgie catholique, nous donnent des indices de ce que pratiquaient les premiers chrétiens. Le Pape Paul VI, comme tout le travail de Vatican II, nous a fait revenir à l’origine de notre foi.

Enfin, il est sidérant de dire que la communion à la main a été prise « en désobéissance » à St Paul VI, alors que c’est lui-même qui l’a autorisée. Dire qu’il aurait cédé à des pressions donne une bien piètre image de ce saint Pape. Il a courageusement refusé la contraception artificielle en publiant Humanae vitae, contre l’avis, pour le coup, de la majorité de son clergé, des catholiques, des medias. Et il aurait eu peur de tenir bon sur l’Eucharistie ? Soyons sérieux. Ce n’est pas crédible une seconde.

Commentaires

  1. Mary

    Le seul mode de communion licite sans autorisation est dans la bouche. Déjà Saint-Thomas-d’Aquin, Saint-Basile, saint Cyrille d’Alexandrie l’ont précisé très clairement. La communion dans la main peut etre autorisée dans des circonstances très particulières et avec beaucoup de prudence, après une procédure très formelle d’autorisation, mais n’est pas du tout recommandée et ne doit donc en aucun cas être la norme, d’après Vatican II et le droit canon. Autrement dit la quasi-totalité de notre clergé est dans l’illégalité.
    Tout cela est très loin du binaire “licite point barre” que vous prenez comme argument. Ou alors on utilise cet argument en prenant comme source les textes officiels de l’Église, dans ce cas la conclusion est radicalement différente.

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