Eglise et droits de l’homme

 

Question:  Pourquoi l’Eglise catholique a-t-elle condamné pendant près de deux siècles la déclaration des droits de l’homme?

Cette question est très compliquée et ne peut être comprise qu’à partir du texte de 1789 qui deviendra une sorte de préambule de la constitution civile du clergé surtout à partir de son article 3.

Son but, comme son corollaire la constitution civile du clergé, est de détacher l’Eglise de France de Rome et ce, afin de l’affaiblir et de justifier l’autorité renforcée de l’Etat qui ira jusqu’à l’invention d’un « culte républicain » incarné, par exemple, dans ceux de la déesse Raison et des théophilanthropes.

D’où la condamnation, certes un peu tardive, du Pape Pie VI dans le bref Quod Aliquantum condamnant à la fois la constitution civile du clergé et la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen qui lui était liée.

Ce qui montre déjà qu’on ne peut pas dire que le magistère est hostile à une Déclaration des Droits de l’Homme mais qu’il n’accepte pas celle-là. Pourquoi ?

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 proclamait dans son préambule que tous les malheurs de l’humanité ne venaient que de l’oubli de ces droits. Alors que, pour un chrétien, c’est le pêché originel qui en est la cause – lequel n’est que la représentation de l’oubli des droits de Dieu.

La déclaration de 1789, dans son préambule, en a tout de même quelques souvenirs, puisqu’elle parle aussi des devoirs de l’Homme et qu’elle se place sous le regard de l’Etre suprême.

Mais, dans la suite des décrets, il n’est plus jamais question des devoirs de l’homme.

Un de ces décrets, l’article 3, n’admet comme autorité en France que celle qui vient de la nation ce qui est inacceptable pour l’Eglise Catholique parce que l’autorité ecclésiastique des Evêques n’est pas issue de la nation mais de l’investiture donnée par bulle pontificale par le Pape.

Certes, le concordat de Bologne donnait depuis François Ier au roi, chef de la nation, l’autorité de nommer les évêques, mais jamais de leur donner une investiture canonique. De plus, le roi était sacré tel un évêque et jurait obéissance en matière de doctrine au siège apostolique comme le rappelle l’admirable testament de Louis XVI du 25 décembre 1792. L’assemblée dite nationale de 1791 qui promulgua la constitution civile du clergé n’était point sacrée, c’est le moins qu’on puisse dire !

On comprend donc pourquoi le Pape Pie VI ne put que refuser et la constitution civile du clergé et la Déclaration des Droits de l’Homme. Ce que la Première République en a fait comme les suivantes républiques l’ont continué, n’était pas de nature à modifier le jugement du siège apostolique. La loi de 1905, et en particulier la manière dont elle est comprise en France aujourd’hui, ne sont pas de nature à envisager d’une manière favorable les visions anti-chrétiennes de 1789 et de la suite. Il faut aussi ajouter que la nouvelle Convention Européenne des Droits de l’Homme qui se place quand même dans la lignée de celle de 1789 n’est pas sans poser de questions, surtout quand on voit comment « l’Europe » considère les origines judéo-chrétiennes de la formation de l’Europe.

C’est pourquoi il me semble que l’Eglise catholique ne peut pas accepter l’héritage actuel de ce que l’on appelle la Déclaration des Droits de l’Homme ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas ouverte à une déclaration des droits et des devoirs de l’homme en souhaitant que, pour les pays chrétiens, là où cela est possible, on puisse aussi parler des droits de Dieu.

Eglise et droits de l’homme
4.3 (85%) 8 votes