Effort de Carême et discernement

Je viens de lire sur un site chrétien ceci : pendant le Carême : désactiver facebook : un autre site chrétien nous dit d’aller sur facebook pour des entretiens en direct et des questions sur le carême / pas de café : que doit on boire de chaud au petit déjeuner quand on ne digère pas le lait : de la tisane ? / s’engager au secours catholique : je ne suis pas hardie et j’ai des problèmes psychologiques relationnels depuis des années, est-ce que cela va aller si je vais dans une association catholique, car je risque de prendre des crises, mon médecin va-t-il être d’accord ou dois-je lui mentir et ne pas lui dire ? / aider une personne sans abri, dois je l’inviter chez moi et lui donner la place de mon mari dans mon lit, mon mari coucherait sur un lit de camp car pas d’autre lit chez nous ? (J’ai écrit ce message à ce site chrétien, mais par trois fois, on me répond qu’il y a une erreur). Merci de vos réponses.

Comme l’explique le texte lu au Mercredi des Cendres (cette année, Mt 6, 1-6 ; 16-18), le Carême est un temps privilégié pour le jeûne, l’aumône et la prière. Depuis le Concile de Vatican II, l’Eglise commande de faire jeûne et abstinence le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Il est aussi requis de faire abstinence les vendredis de Carême.

Pour le reste du temps de Carême, le fidèle se voit proposer de choisir les manières et les points sur lesquels il jeûnera, exercera un service de partage et de charité, et approfondira sa vie de prière. Toutes sortes de démarches sont donc possibles. L’idée est qu’elles prennent la personne là où elle en est et lui fasse faire un progrès dans la vie spirituelle. Cela suppose que les efforts de Carême doivent être exigeants mais non disproportionnés aux forces de la personne. Ils doivent être aussi adaptés à la personne : inutile de faire carême de chocolat si on se jette sur les biscuits ; de le centrer sur la nourriture si on est un fanatique compulsif de jeux vidéos.  Reprenons donc les efforts mentionnés dans la question :

  1. Beaucoup de personnes ont une addiction aux réseaux sociaux, Facebook en particulier. Faire Carême de Facebook est donc un excellent jeûne. Evidemment, ça n’a rien de systématique et ceux qui continueront à aller sur Facebook pourront profiter des propositions spirituelles qu’on y trouve. Quoiqu’il y ait de bonnes chances de les trouver aussi par un autre canal, il est douteux qu’elles ne soient que sur Facebook. Mais un jeûne de ce réseau est inutile si on fait une orgie de Whats App ou de Twitter pendant ce temps
  2. Un jeûne ne doit pas mettre en danger la santé. Si le café est indispensable, ce n’est peut-être pas là-dessus qu’il faudra jeûner. Mais on peut aussi boire du thé
  3. L’exercice de charité peut être exigeant mais rester à la portée du pénitent. Si l’on n’a ni la force physique, ni psychologique de s’engager dans une association auprès des plus démunis, il vaut mieux ne pas le faire. Et l’idée de l’aumône est tout de même d’aider les autres. Pas de créer des problèmes à l’association qui devrait gérer les problèmes des bénévoles en plus de ceux des bénéficiaires. Le don financier ou des actes plus ponctuels, comme appeler ou visiter un parent ou un ami isolé, âgé ou malade sont de bonnes actions aussi
  4. Dans tous les cas, ne pas respecter un traitement médical et mentir à son médecin ne peuvent pas venir du bon esprit
  5. Il est vrai que Ste Jeanne Jugan a donné sa place dans son lit à un pauvre âgé chez elle avant de fonder les Petites Sœurs des Pauvres. Mais enfin, elle n’était pas mariée et elle est allée dormir ailleurs. Nous ne pensons pas qu’il lui serait venu l’idée scabreuse de dormir avec cette personne et nous ne le recommandons pas à qui que ce soit.

Nous recommandons d’ailleurs surtout de faire preuve d’un peu de discernement dans les choix d’efforts de Carême. Aucun des efforts mentionnés ne parle de la prière. Il faudrait peut-être commencer par cela, en demandant, justement, la grâce du discernement.

Effort de Carême et discernement
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