Dignitatis humanae et Quanta cura

Existe-t-il une contradiction entre Dignitatis Humanae et Quanta Cura comme le prétendent certains traditionalistes, souvent proches du mouvement de Mgr Lefebvre ?

Le texte même de ces deux documents semble effectivement contradictoire. Dignitatis humanae (1965), déclaration du concile Vatican II, affirme: “La personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres.” (n°2). De son côté, Quanta cura (1864), encyclique de Pie IX, condamne la phrase selon laquelle “la liberté de conscience et de culte doit être affirmée comme un droit de l’homme, proclamé par la loi, et affirmée dans une société bien constituée”.

Il n’est cependant pas certain que ces deux textes soient réellement contradictoires, car la portée de chacun est fortement débattue entre théologiens. La portée de Dignitatis humanae est limitée par le fait que tout homme a le devoir de chercher la vérité et de la professer, y compris publiquement, lorsqu’il l’a trouvée (n°1), et par le fait que cette liberté religieuse doit s’exercer dans “de justes limites” (n°2). Quant à Quanta Cura, certains interprètes déclarent qu’elle vise principalement le relativisme, qui consisterait à placer en principe l’erreur sur le même plan que la vérité en matière religieuse – et qui a toujours été combattu par la doctrine catholique et le demeure aujourd’hui encore. Toujours est-il qu’un certain nombre de théologiens contemporains (en particulier, le R.P. Harrison et Dom Basile Valuet) ont tenté de montrer que les deux textes n’étaient pas inconciliables.

Il est également possible que Quanta Cura et Dignitatis humanæ, parlant de sujets relatifs aux relations entre Eglise et Etat, relèvent de la vertu de prudence et que leur opposition n’entraîne aucun contradiction doctrinale, mais simplement une application différente des mêmes principes de l’anthropologie et de la pensée sociale de l’Eglise à des contextes politiques différents. En un mot, il est certain que les deux textes présentent une contradiction dans les termes, mais la portée de cette contradiction est encore largement débattue.

Dignitatis humanae et Quanta cura
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