Dieu et l’esclavage

Pourquoi à travers toute l’histoire biblique, Ancien et Nouveau testaments, Dieu a-t-il permis l’esclavage des hommes par d’autres hommes s’il est vraiment juste?

Ce n’est pas exact de dire que Dieu a « permis » l’esclavage. L’esclavage était un fait social dans la société antique et, jusqu’aux premières interdictions papales de l’esclavage au IXe siècle, aucun adepte d’aucune religion, sauf exception, n’était contre. En revanche, les Papes ont interdit à plusieurs reprises l’esclavage entre chrétiens, puis la traite négrière, entre le IXe et le XVIIIe siècles.

Il a fallu attendre la fin du XVIIIe siècle pour que des sociétés, toutes de culture chrétienne, l’abolissent de façon généralisée. Rien de tel dans les sociétés musulmanes (rappelons que la Mauritanie est le dernier Etat à l’avoir aboli en 1981, après une première abolition par les autorités coloniales françaises en 1905), bouddhistes etc, où les abolitions ont été beaucoup plus tardives et sous la pression occidentale.

Nous pouvons faire une analogie avec la polygamie, comme dans notre article « Polygamie dans la Bible » (https://www.reponses-catholiques.fr/polygamie-dans-la-bible/). Pas plus que la polygamie, Dieu permet l’esclavage. Mais, encore une fois, c’est un fait social au moment où les textes ont été écrits, et, si l’on peut dire, Dieu fait avec.

Car si l’on creuse, on peut voir que l’esclavage n’est pas aussi « permis » que cela, ni dans l’Ancien, ni dans le Nouveau Testament. Le Deutéronome (Dt 15, 12-15) le réglemente et le rend temporaire, Ex 21, 16 interdit l’enlèvement et la vente d’êtres humains et tout l’Ancien Testament insiste sur le fait que Dieu est le Seigneur qui libère de l’esclavage. Quand quelqu’un libère un peuple entier de l’esclavage, qu’il interdit l’alimentation du système esclavagiste et qu’il le rend temporaire, on ne peut pas soutenir qu’il le « permette ».

Il en est de même dans le Nouveau Testament. 1 Tm 1, 10 condamne explicitement les marchands d’esclaves. Il n’est donc pas permis d’alimenter le système. Quant à ceux qui sont déjà esclaves, l’Epître à Philémon est une longue méditation sur l’égale dignité devant Dieu entre le maître et l’esclave. Rappelons que St Paul a ordonné Onésime évêque, et que ce  dernier est donc devenu, sur le plan ecclésial, le supérieur de son propre maître ! Un esclave qui est l’égal, voire le supérieur de son maître n’est plus un esclave.

Car la pointe est peut-être là. Jésus s’est fait l’esclave de tous et demande à ses disciples de se faire les esclaves de tous (Mt 20, 27 ; 23, 11 ; Mc 10, 43 etc). Marie se déclare l’esclave du Seigneur (le texte grec en Lc 1 dit bien doulè, « esclave », dont on aplatit considérablement la traduction en la rendant par « servante »). Quand Dieu se fait esclave, Il ne « permet » pas l’esclavage. Il le subvertit pour, au final, l’anéantir.

Le lecteur pourra trouver des compléments dans cet article : https://www.gotquestions.org/Francais/Bible-esclavage.html

 

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