Dialogue inter-religieux

Si vous ne tolérez pas, si vous dialoguer seulement, les acceptez-vous ? Les musulmans ont-ils le droit de vivre en France ? Si oui, avec les mêmes droits que les catholiques ? Parce que la même question se pose avec les athées, les juifs et juives, les croyants de toutes les autres religions… Bref, acceptez-vous un Etat laïque ?

Nous remercions l’auteur de cette question qui nous permettra de compléter utilement notre article « Tolérer ou dialoguer avec l’Islam » (https://www.reponses-catholiques.fr/tolerer-ou-dialoguer-avec-lislam/) à propos des autres religions et des incroyants. Précisons cependant que nous avons réécrit la question, qui était rédigée en écriture inclusive, en français correct. Nous suivons en ce sens les recommandations de l’Académie française et, en outre, de plus en plus de nos lecteurs sont étrangers. Nous nous en réjouissons car cela montre que notre site intéresse de plus en plus de gens et qu’il apporte sa modeste contribution à l’évangélisation « jusqu’aux extrémités de la terre » (Mc 16, 15). Mais, tous ceux qui sont actifs dans les domaines du français langue étrangère (FLE) et, plus largement, de la solidarité et de l’insertion, savent que l’écriture inclusive est une plaie pour ceux qui apprennent le français et ont des difficultés par rapport à la lecture.

1° Tout d’abord, soulignons que « dialoguer », c’est censé être plus bienveillant vis-à-vis de l’interlocuteur que le « tolérer ». En effet, quand on dialogue, on parle avec la personne de façon apaisée. On peut en revanche tolérer quelqu’un sans lui adresser la parole, dans l’indifférence la plus totale et, même, le mépriser. Pour reprendre le bon mot de Claudel, si l’auteur de la question veut expliquer au gouvernement ou n’importe quelle institution qui organise un espace de « dialogue » (avec des syndicats, des associations, dans un conflit diplomatique etc) que ce qu’il fait est moins respectable que ce qui se passe dans une « maison de tolérance » – autrement dit un peu crûment, un bordel – qu’il nous fasse savoir la réaction des acteurs du dialogue en question.

2° Deuxièmement, nous signalons que nous avons commencé notre article en référence par rappeler que l’Etat est laïc et que nous n’avons pas à commenter qui a le droit de vivre en France ou non, à partir du moment où cette personne est légalement présente. Du coup, l’auteur de la question aurait pu s’éviter le tracas de reposer la question d’un Etat laïc… Et laisser penser qu’il ne lit pas les questions qu’il commente.

3° Par contre, une question qui nous semble bien plus pertinente est : les catholiques ont-ils les mêmes droits que les autres dans ce pays ? Un certain nombre de points en font douter.

4° Pour entrer dans le vif du sujet, s’agissant des athées, les textes du Concile de Vatican II fondant le dialogue avec eux sont plutôt Dignitas humanae et Gaudium et spes. Ils s’adressent à tous les hommes de bonne volonté. La tradition de dialogue avec les athées est ancienne, pensons à Pascal et à son libertin. Ou à Madeleine Delbrêl et son amitié avec des militants communistes. Ce qui a tout de même valu à cette spirituelle chrétienne, dont le procès de béatification est en cours, les honneurs d’une exposition au siège du Parti communiste en 2015. Voilà qui n’est pas banal. Plus récemment, Benoît XVI a lancé l’initiative du Parvis des Gentils pour, justement, dialoguer avec les non-croyants. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le premier cycle de théologie dure cinq ans et comprend 40% d’études de philosophie et sciences humaines, afin, justement, de pouvoir dialoguer avec les non-croyants.

5° Pour les autres religions (outre l’Islam dont nous avons déjà parlé), comme indiqué, le texte de référence est Nostra aetate. De là ont découlé de multiples actions de dialogue.  Citons Dennis Gerra, spécialiste du dialogue avec le bouddhisme, ou la théologie du « Christ cosmo-théandrique » du jésuite Panikkar, qui tentait de réconcilier la foi chrétienne avec des concepts de l’hindouïsme. Mais c’est avec les Juifs que les initiatives se sont multipliées. Le geste le plus spectaculaire est bien sûr la visite de St Jean-Paul II au Mur occidental de Jérusalem en 2000. Mais les associations d’amitiés judéo-chrétiennes, la redécouverte de leurs racines juives par les catholiques, les travaux de biblistes juifs et chrétiens, ont porté leurs fruits : on peut avoir à la fois un chrétien, J.P. Meier, qui écrit le bien connu Un certain Juif Jésus, et un Juif, Daniel Boyarin, qui publie son Christ Juif. Non pas que ce dialogue ne soit qu’affaire de spécialistes, il peut être très pratique : il s’est par exemple trouvé une vierge consacrée catholique, Renée de Tryon-Montalembert, pour être directrice d’une école religieuse juive, où a été élève la sœur du rabbin Haïm Korsa.

Ce dialogue inter-religieux peut être très fécond pour plus de paix et justice sociale. Ainsi, Mgr Barbarin a pu rassembler treize confessions chrétiennes et autres religions à Lyon pour publier un texte pour le respect de vie humaine fragile et contre l’euthanasie. Ou encore, lors des auditions des six représentants des cultes à propos du projet de Loi Taubira sur le mariage gay en 2013, tous ont exprimé leur forte opposition – ou leur désintérêt marqué pour ce qui est de la représentante bouddhiste – contre le projet. Pas un seul ne l’a soutenu. Un bel exemple de fraternité interreligieuse et de solidarité, donc.

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