Depuis Vatican II, on ne parle plus d’hérésie, pourquoi ?

L’objection n’est pas entièrement fausse. La question mérite d’être posée. Le mot a fort mauvaise presse, y compris (j’allais dire surtout !) dans les milieux cléricaux (je sais de quoi je parle). C’est fort dommage. Les historiens feront l’histoire et les pleureuses pleureront.

Mais, au fait, qu’est-ce qu’une hérésie ? Le mot est d’origine grecque ; il signifie d’abord « arrachement ». Il a désigné assez rapidement dans l’Église, la séparation, la déchirure, que provoquait une erreur doctrinale grave dans l’unité de la foi.

Ceci étant posé, dès le début de l’Église, les fidèles se sont interrogés à propos de l’enseignement du Christ, de celui des Apôtres, etc. Certaines habitudes de pensée, l’inculture ou l’ignorance, ont conduit certains chrétiens à s’éloigner de la foi authentique. Certains, et le danger persiste aujourd’hui, ont pu être influencés par des modes de pensée étrangers au christianisme (philosophie, gnose, autres religions…) pour ne penser qu’aux premiers siècles. Nos esprits atteignent vite leurs limites face aux mystères divins. Le langage lui-même ne pourra jamais dire l’indicible parfaitement. Même à l’échelle d’un individu, il faut du temps, de l’étude, l’illumination du Saint-Esprit, pour s’approprier cette foi. La prudence est de mise en ces matières délicates. Il est même arrivé que par amour d’un certain aspect de la vérité, d’aucuns aient méconnus d’autres vérités non moins nécessaire à la foi.

Le Seigneur a donné aux Apôtres et à leurs successeurs à son Église, la responsabilité de préserver le « dépôt de la foi », or, il n’y a pas de pouvoir, sans la possibilité de trancher et de décider : « ceci est vrai, ceci est faux », « on ne peut pas dire cela », « on ne peut pas dire les choses ainsi ». Il est de la responsabilité des pasteurs d’enseigner la vérité et de désigner l’erreur. Il n’y a pas de honte, par conséquent, à parler d’hérésies lorsqu’ils s’en profèrent.

Il est donc toujours aussi nécessaire que les pasteurs accomplissent leur tâche et dénoncent l’erreur. J’ai quand même le sentiment que d’un point de vue pastoral, l’enseignement est plus payant à long terme que la condamnation. Mais, me direz-vous, parce que vous avez l’esprit mal tourné, n’a-t-on point péché en ce domaine chez ceux qui auraient dû… Hélas, hélas, là non plus vous n’avez pas tort. Mais balayons devant notre porte et ouvrons notre catéchisme.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

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