Depuis 5 siècles les sacrements anglicans sont invalides. Du pain et du vin peuvent-ils nourrir la vie spirituelle ?

Pardon au correspondant qui attend sa réponse. Une première remarque. La question comporte une erreur, assez grave, me semble-t-il. « Les » sacrements anglicans ne sont pas tous invalides. Et le baptême, qu’en fait-on ?

« Le baptême est le fondement de toute la vie chrétienne, le porche de la vie dans l’Esprit et la porte qui ouvre l’accès aux autres sacrements » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 1213). Le baptême anglican est valide, comme le baptême des protestants de toutes les communautés ecclésiales qui administrent un baptême « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Ce baptême est le premier canal de grâce pour ceux qui le reçoivent, même s’ils en restent là pour la suite de leur existence ici-bas.

Plutôt que de faire un long raisonnement théologique, permettez-moi de prendre un exemple concret qui, je l’espère, sera parlant. Le bienheureux John Henry Newman (1801-1890) n’a pas commencé sa vie spirituelle le jour où il est entré dans l’Église catholique (1844). Au cours des quarante premières années de sa vie, dans la foi de son baptême, nourri par l’Écriture Sainte, fidèle à la voix de sa conscience, par la prière personnelle et liturgique, il a vécu une authentique relation à Dieu, dont nul ne peut mettre en doute la richesse et la profondeur. Une certaine tradition « catholique » à l’intérieur même de l’Église d’Angleterre (Lancelot Andrewes, George Herbert, John Donne, …) lui avait donné un contact avec la Tradition authentique, sans compter la lecture des Pères des premiers siècles chrétiens qu’il a pratiqué assidument sur le conseil de ses maîtres. Sans disposer de tous les moyens de la grâce, en particulier par les sacrements, il n’en était pas totalement dépourvu.

Pour prendre une autre comparaison, si la lumière ne brillait pas autant dans son église qu’elle peut briller dans l’Église catholique (en sommes-nous conscients ?), celle dont il disposait lui a permis de cheminer vers la sainteté et, grâce à Dieu, d’entrer un jour dans la pleine communion de l’Église, « ex umbris et imaginibus ad veritatem ».

Je me permets de suggérer la lecture du livre magnifique du Père Louis Bouyer : « Du protestantisme à l’Eglise », qui dit les choses bien mieux que moi.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

Depuis 5 siècles les sacrements anglicans sont invalides. Du pain et du vin peuvent-ils nourrir la vie spirituelle ?
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