Défense de la vie et théorie de la guerre juste

st thomas

Question: Les catholiques pro-vie qui soutiennent la doctrine de la guerre juste ne sont-ils pas incohérents, en acceptant d’un côté la mort d’innocents et en la refusant de l’autre?

Le Magistère de l’Eglise enseigne le respect de la vie, parce c’est un commandement du Seigneur. C’est un enseignement permanent de l’Eglise, puisque, dès les tous premiers temps du christianisme, comme l’écrit par exemple St Justin dans ses Apologies au IIe siècle, les chrétiens refusaient l’avortement et l’abandon d’enfant.

L’Eglise a cependant toujours admis la légitime défense, justement au nom de ce respect de la vie, pour sauver une vie. C’est pour cette raison que des théologiens comme St Thomas d’Aquin ont défini le concept de guerre juste : il s’agit de légitime défense, une fois que les autres moyens ont été épuisés. La mort d’innocents n’est absolument pas « acceptée » : une guerre n’est juste que si elle répond à un certain nombre de critères, comme la proportionnalité de la riposte, l’inévitabilité des dommages (donc il faut tout faire pour les éviter), l’obtention d’un plus grand bien que les dommages inévitables (donc sauver plus de vies qu’en n’agissant pas), la recherche de solutions pacifiques…

Cela implique que les combats se déroulent entre combattants, c’est-à-dire des gens en capacité de riposter. C’est à ce titre, par exemple, que plusieurs théologiens refusent les drones, puisque l’ennemi n’a pas de capacité de se défendre contre le pilote du drone qui peut être à des milliers de kilomètres. Tout comme, au Moyen Age, l’Eglise avait condamné l’arbalète pour les mêmes raisons : le tir était fait à une telle distance qu’il était impossible de riposter contre le tireur. Par ailleurs, le carreau d’arbalète perçait les armures, laissant la victime sans aucune protection.

Le respect de la vie en matière de bioéthique, si c’est sur cela que porte la question, n’a rien à voir, ni de près, ni de loin, avec la légitime défense et le souci de sauver une vie. Il s’agit d’éliminer une vie parfaitement innocente, sans aucune défense, et de ne sauver la vie de personne d’autre de ce fait.

Mais peut-être que la pointe la plus problématique de la question réside dans la comparaison qu’elle suppose : parce que des innocents meurent dans un cas, il faudrait tolérer d’en faire mourir dans d’autres ? L’argument a-t-il la moindre pertinence éthique ?

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