Croix et souffrance

crucifixion

Je suis choquée que les chrétiens adorent une croix. Pourquoi cette exaltation de la souffrance?

Le supplice de la croix est une des pires façons de mourir qui existe et, dans l’Empire romain, il était réservé aux esclaves ou certains criminels qu’on voulait particulièrement humilier. Qu’on se souvienne de Spartacus et ses gladiateurs révoltés crucifiés entre Rome et Capoue au 1er siècle av. J.-C. Dans les premiers temps du christianisme, il semble que ce n’était pas tellement le symbole de la croix qui était utilisé, mais d’autres comme l’Agneau pascal, le poisson et le Bon Pasteur. La mort sur la croix de Jésus était pour les chrétiens suffisamment concrète pour qu’ils en comprennent la portée. Avec la christianisation de l’Empire romain et la disparition de ce supplice, il est devenu plus abstrait et on a commencé à représenter le Christ sur son crucifix, afin que les fidèles puissent un minimum se représenter ce qu’Il a souffert pour nous.

Car le salut nous est apporté par le double mouvement de la mort et de la résurrection  du Christ, comme St Paul l’explique, par exemple, dans la Première Epître aux Corinthiens, au chapitres 1 et 15. Ce n’est donc pas la mort de Jésus en croix qui nous sauve et que les chrétiens vénèrent mais bien le diptyque crucifixion-résurrection. Mais la résurrection ne peut se faire et être salvatrice sans le passage par la mort. Pourquoi ?

Rappelons brièvement l’action de Jésus. Il est venu sur la terre proclamer la Bonne nouvelle d’un Dieu qui aime infiniment les hommes, veut les sauver de la mort et du péché, de tout ce qui les empêche de vivre pleinement. Il annonce l’Amour comme Loi surpassant toutes les lois. Son message se heurte frontalement :

  • A une interprétation rigoriste et formaliste de la Loi juive, qui était dominante, ainsi qu’à l’exclusivisme d’Israël, qui voit maintenant les païens bénéficier de la même Alliance divine que lui
  • A la culture de la force et de la volonté de puissance des païens, présente dans presque toutes les cultures et tous les individus, qui voit les faibles avoir la priorité sur les forts.

La crucifixion est donc la mort de l’innocent, du tout-aimant, du pacifique absolu, contre lequel les forces du mal et de la haine se déchainent. Mais, le Christ ayant mené jusqu’au bout sa mission malgré les risques – qu’il connaissait et a assumés – a accepté de mourir dans ces conditions atroces pour parachever son œuvre de salut et montrer que la logique d’amour de Dieu va jusque-là. Par son Incarnation, le Christ est un Dieu qui, non seulement a quitté sa sphère divine pour être un homme comme nous, mais encore a accepté le pire pour nous. Le contraire d’un Dieu sévère et dominateur sur son nuage.

Ceci accompli, le témoignage pourrait être très beau, comme celui d’hommes qui ont accepté de mourir par altruisme ou pour une cause, mais ne pas aller plus loin. La pointe du salut, c’est que le Christ a traversé toute notre condition humaine, toutes nos souffrances, et même notre mort dans ce qu’elle a de pire, mais qu’Il en est sorti vainqueur. Comme son prêche et ses miracles traversaient et surmontaient le mal et la maladie, sa résurrection est victorieuse de la mort.

Et cette victoire, Il nous propose d’en bénéficier. Il suffit de croire en lui et de le suivre. Alors, oui, cela vaut la peine de vénérer la croix et d’en faire le symbole de notre salut : elle symbolise notre libération de la mort.

Pourquoi, à ce moment-là, ne pas représenter la résurrection plutôt que la croix ? Parce que la résurrection est irreprésentable. Elle n’a pas eu de témoins, contrairement à la crucifixion et elle est vraiment l’acte de foi par excellence, alors que la croix est factuelle.

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