Couverture des femmes à la messe

Pourquoi les femmes ne se couvrent-elles plus la tête à la messe?

Tout d’abord, il n’est pas exact de dire que les femmes ne se couvrent plus la tête à la messe. Les moniales et les religieuses qui portent l’habit le font, puisqu’elles ont un voile tout le temps. Certaines vierges consacrées portent également leur voile blanc pendant la liturgie.

Ceci est un point de départ pour notre explication. Le voile, dans les cultures antique et médiévale, est le signe de la femme mariée. Les consacrées qui le portent signifient ainsi qu’elles sont mariées avec le Seigneur, en gardant l’usage antique. La velatio (prise de voile) lors de la consécration d’une vierge consacrée, par exemple, remonte au moins au IIIe siècle.  C’est d’ailleurs pour cela que celles qui ont pris un engagement définitif portent aussi une alliance.

Partant de là, le fait de se couvrir ou non la tête s’inscrit dans un contexte culturel. Pour ce qui concerne les laïques dans nos sociétés occidentales, le voile n’est plus du tout un signe de mariage. Il n’y a donc pas lieu de le porter, à l’église ou ailleurs. De même, l’usage du port d’un chapeau s’est raréfié, que ce soit  pour les hommes ou les femmes. Il n’y a donc pas grand sens à en porter à la messe.

Certains ont tenté de justifier le couvre-chef des femmes à la messe en s’appuyant sur les versets 7 à 15 du chapitre 11 de la Première lettre de St Paul aux Corinthiens. En effet, il est écrit que « La femme doit avoir sur la tête une marque d’autorité, à cause des anges » (verset 10) ; « Est-il convenable qu’une femme prie Dieu sans être voilée ? » (v. 13).

Les termes en grec sont :

–  v. 10 : « opheilei è gunè exousian ekhei epi tès kephales », mot à mot « doit la femme une autorité avoir sur la tête »

– v. 13 : « gunaika akatakalupton », « femme découverte »

Dans les deux cas, on n’a pas d’indication sur la forme de la couverture et la traduction « voile/voilée » en français n’est pas complètement fidèle. L’explication vient d’ailleurs aux versets 14-15 : « La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas qu’il est déshonorant pour l’homme de porter les cheveux longs ? Tandis que c’est une gloire pour la femme, car la chevelure lui a été donnée en guise de voile ». Ce qui est traduit « voile » dans la traduction française est « peribolaiou » en grec, « manteau ».

Toutes ces considérations à partir du grec montrent que :

– il n’est jamais question de voile, ni d’un autre couvre-chef, mais de manteau. On peut donc conclure que le texte nous dit que la femme doit être habillée décemment, en fonction de son contexte culturel, sans chercher à imiter plus ou moins adroitement celui des Corinthiennes du 1er siècle

– que le « manteau » dont il est question est la longue chevelure féminine. Ce qui nous dit St Paul, c’est que la femme doit se présenter à la liturgie avec des cheveux longs et habillée décemment. C’est tout.

On peut se demander ce que cette histoire de cheveux longs vient faire là. Il faut savoir que les cheveux courts ou la tête rasée des femmes grecques était un indice de prostitution, pratiquée massivement dans le port mal famé de Corinthe. Les hommes greco-romains, eux, avaient plutôt les cheveux courts et les avoir longs faisait clairement efféminé. St Paul demande donc aux assemblées de respecter la bienséance en fonction des coutumes du lieu.

Il n’y a pas plus à voir sur le plan théologique là-dedans. Avoir les cheveux courts pour une femme dans notre société est parfaitement accepté. Les Juifs pieux n’avaient pas les cheveux courts, c’est encore vrai pour les Juifs ultra-orthodoxes actuels qui portent des papillotes. L’homme du Suaire de Turin, par exemple, a les cheveux longs. On voit mal St Paul dire à des Juifs et à propos du Christ que leur coiffure est déshonorante. En revanche, il s’adapte au public chrétien à majorité d’origine païenne de Corinthe, en lui demandant de ne pas prêter au scandale ou à l’équivoque. Donc, si une femme laïque souhaite porter une mantille à la messe, libre à elle. Mais il n’y a rien de vraiment liturgique là-dedans.

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