Contestation de la communion à la main – suite

Tout d’abord merci pour votre travail! Je suis un ancien fidèle de la fsspx et votre site m’a beaucoup aidé dans mon cheminement vers la pleine communion avec le Saint siège. Je ne pourrai jamais assez remercier les personnes comme vous qui donnent tant pour éclairer les âmes en ces temps de crises et de scandales. Cependant je suis confronté à un problème de conscience qui me trouble: l’interdiction de communier sur la langue. Je dois retrouver mes repères dans l’Église et vu le contexte actuel ce n’est pas facile. Je me permets donc de vous partager ma réflexion sur le sujet: Outre que l’interdiction me semble démesurée (mgr Schneider, s’appuyant sur une étude de 2006 publiée dans la revue BMC Infectious Diseases, a bien rappelé que la communion sur la langue n’était pas moins hygiénique que sur la main, au contraire. Conclusion d’ailleurs partagée par le Prof. Filippo Maria Boscia, président national des médecins catholiques d’Italie), il me semble qu’il n’est même pas légitime au niveau juridique: La communion dans la main demeure un indult accordé par le pape st Paul VI là où la pratique s’était déjà propagée. Et Redemptionis Sacramentum nous rappelle que l’on a toujours le droit de communier sur la langue et, là où c’est permis, sur la main (rappelé aussi le 21/03/2018 par le pape François dans sa catéchèse, ou encore dans l’Institutio generalis de la troisième édition du missel romain promulguée le 20/04/2000). En d’autres termes nous avons toujours le droit de communier sur la langue mais pas forcément sur la main (si ce n’est pas permis). Ne serait-ce pas alors un abus de pouvoir idéologique? En espérant que le ton de l’écrit traduit bien la sincérité de ma démarche, je vous renouvelle toute ma reconnaissance.

Nous remercions l’auteur de cette question pour ses compliments et ses encouragements et nous rendons grâce à Dieu si nos publications peuvent l’aider dans son cheminement de foi.

Nous sommes, par ailleurs, très étonnés de recevoir deux questions exactement sur le même thème le même jour. Nous renvoyons donc le lecteur à notre dernier article, lui-même faisant suite à d’autres articles sur le sujet.

Mais puisque la Providence nous donne de reprendre la parole sur ce sujet de la communion pendant la crise sanitaire, nous allons enfoncer le clou.

Tout d’abord, rappelons que l’idéologie, en philosophie – cf. ce qu’en dit la philosophe qui a décrit les totalitarismes Hannah Arendt –  c’est la pensée qui n’a pas d’adéquation avec le réel. Contester la communion dans les conditions de la crise sanitaire, c’est cela qui est un « abus » « idéologique ». Car aucun des arguments qui prétendent le justifier ne tiennent vraiment.

  • Argument scientifique: nous doutons qu’une étude de 2006 puisse nous en dire beaucoup sur les mesures adaptées pour lutter contre la COVID-19, maladie qui était inconnue il y a seulement 18 mois
  • Argument sanitaire. Nous ne sommes ni épidémiologistes, ni médecins. Mais enfin, avec tout le respect filial que nous lui devons, Mgr Schneider non plus. Et un médecin, qui est aussi un évêque, par exemple Mgr Aupetit, archevêque de Paris, n’est manifestement ni de son avis, ni de celui de ce médecin italien. Car il n’est pas soutenable de dire qu’on contamine moins avec une communion à la bouche, « au contraire ». Quand on communie à la main, on a son masque et on s’est lavé les mains au gel hydro-alcoolique. En tendant les bras, on peut être à presque 1 m du ministre de la communion, qui s’est lui-même lavé les mains et ne touche pas la main du fidèle. Quand on communie à la bouche, le masque est retiré, les sécrétions aéroportées du nez et de la bouche peuvent plus facilement atteindre le ministre de la communion, qui peut contaminer le fidèle suivant. En outre, le risque est grand de toucher la langue du communiant. Nous pouvons en témoigner à chaque fois que nous avons donné la communion
  • Argument ecclésiologique. Le St Siège a confirmé cette mesure de communion à la main et c’est ce qui se passe lors des eucharisties au Vatican.
  • Argument éthique. Nous ne comprenons pas le point du « problème de conscience ». En quoi la communion à la main pose-t-elle un quelconque problème moral ? Le lecteur croit-il à la Présence réelle ? Ce qui est « troublant », c’est de subordonner la présence du Christ dans les Saintes espèces à la manière de communier. Est-ce le même Christ présent dans l’Eucharistie dans tous les cas ou va et vient-Il en fonction du mode de communion?
  • Argument canonique. La communion à la main est valide et licite, donc pourquoi cela poserait problème ? Par ailleurs, Redemptionis Sacramentum « nous rappelle », effectivement, « que l’on a toujours le droit de communier sur la langue et, là où c’est permis, sur la main. » Il se trouve que c’est permis dans tous les diocèses de France, et d’ailleurs, nous ne connaissons pas un seul diocèse où ce ne le serait pas. Donc pourquoi ces considérations sur le fait que ce ne serait peut-être pas permis ?
  • Argument pastoral. Malgré cette encyclique et le choix qu’elle permet, les circonstances et la simple prudence ont conduit de nombreuses conférences épiscopales à prôner la communion à la main. Mais que dire quand la réciproque s’impose ? Nous l’avons vécu en pleine crise sanitaire dans un diocèse du Sud-Ouest. On m’a obligé à communier à la bouche « pour ne pas choquer des soeurs traditionnalistes présentes ». Si cela, ce n’est pas « un abus de pouvoir idéologique », qu’est-ce que c’est ? Et quand on oblige les gens à communier à la bouche comme aux JMJ ou à l’Arche, nous n’avons jamais entendu qui que ce soit protester en invoquant un problème de conscience.
  • Argument politique. On le sait, les messes ont été interdites au 2e confinement de novembre 2020 en France malgré les démarches de la Conférence épiscopale. Des politiques ont rétorqué, photos à l’appui, que les fidèles ne respectaient pas les consignes sanitaires en étant sans masque dans la queue de la communion et en communiant à la bouche. C’est rare mais nous l’avons effectivement constaté. Ce genre de comportement a donc contribué à donner des arguments aux politiques les plus laïcards – et il n’en manque pas – et à priver de sacrements tous les fidèles. Que cherchent ceux qui soulèvent continuellement cette polémique ? Qu’en ce 3e confinement, les messes soient de nouveau interdites du fait de ces comportements ?
  • Mais le plus grave, l’argument théologique. Comme nous l’avons dit dans notre dernier article, contester l’accès à Jésus-Eucharistie est très grave. Un catholique en état de communier doit participer à l’Eucharistie, c’est-à-dire communier, tous les dimanches. Le mode de communion qui est proposé en ce temps de crise sanitaire est théologiquement valide et licite. Où est, alors, la fidélité au Magistère de l’Eglise si on conteste son Enseignement sur quelque chose d’aussi décisif que l’Eucharistie?

A nouveau, en ce temps de Triduum pascal, nous recommandons au lecteur de se placer au pied de la Croix :

  • Qu’il médite alors sur ce que le Christ a souffert pour nous dans sa Passion, après s’être donné sous la forme du pain et du vin consacrés, pour qu’on puisse vivre de sa vie divine ;
  • Qu’il pense à tous ceux qui ne peuvent communier du fait de la maladie ou des persécutions ;
  • Ainsi qu’à tous ceux qui ont célébré la messe et ont communié clandestinement dans les sacristies pendant les deux premiers confinements, mais pour non pour diviser l’Eglise : au contraire, pour continuer à faire vivre sa foi malgré les menaces de répressions iniques des pouvoirs publics
  • Enfin, qu’il soit en union de prière avec tous les catholiques dans le monde qui ne pourront pas célébrer la Semaine sainte du fait d’interdictions sanitaires, comme aux Philippines.

Puisse l’union au Christ et à son Eglise habiter chacun d’entre nous.