Consignes de vote et Eglise

Du fait que votre réponse https://www.reponses-catholiques.fr/elections-et-liberte-de-conscience-pour-les-catholiques/ est un commentaire, ma question est aussi un commentaire (…). “L’Eglise n’a pas à donner de choix en matière politique”. Cela est l’opinion de certains évêques, du pape François, de la CEF, du concile Vatican II. Toutes sont des opinions n’ayant aucune valeur doctrinale. Le pape François (…) n’engage pas l’autorité de l’Eglise quand il donne son avis sur un choix de voter ‘en conscience’. Lui et les évêques sont nos guides spirituels. Dans une situation où est donné ouvertement comme programme la mort de l’enfant à naître, la destruction du mariage, etc. tous les catholiques n’ont pas forcément le discernement nécessaire, et c’est là qu’ils ont besoin d’être informés du choix à faire. Le choix en l’occurrence de voter Le Pen (son programme n’avait que je sache rien d’anticatholique) ou, à tout le moins, de voter blanc. Mais ils devaient en tout cas imposer de refuser Macron. Ce discours – laisser le chrétien choisir en conscience – désolé, mais il date déjà de 500 ans, et s’appelle le protestantisme. 

Tout d’abord, nous n’avons pas écrit « L’Eglise n’a pas à donner de choix en matière politique » mais « L’Eglise en France ne donne normalement pas de consignes de vote ». Ce n’est pas la même chose.

Deuxièmement, à partir du moment où un point – qualifié ici d’ « opinion » – émane d’un concile œcuménique, il fait partie du Magistère de l’Eglise. Contrairement à ce qu’affirme la question, il a valeur doctrinale et un catholique doit s’y conformer. Et si l’opinion d’ « évêques, du Pape… de la CEF » et d’un concile n’engagent « pas l’autorité de l’Eglise », qui l’engage ?

Ensuite, nous voyons dans la question un paradoxe. Soit le Pape « n’engage pas l’autorité de l’Eglise quand il donne son avis sur un choix de voter en conscience », soit les catholiques « ont besoin d’être informés du choix à faire ». Donc, faut-il que l’Eglise indique un choix ou non? Ou, et c’est dans le fond ce qu’infère la question, il ne faut pas l’écouter quand elle ne donne pas de consigne de vote et il faudrait le faire quand elle en donne une ? Mais que se passera-t-il, quand, comme les congrégations et mouvements d’Eglise mentionnés dans notre article en référence, elle donnera des consignes ne convenant pas au lecteur ?

De plus, écrire que le programme de Marine Le Pen « n’a rien… d’anticatholique » n’est pas exact : par exemple, son programme prévoit le maintien du droit à l’avortement et même de son remboursement à 100% par la Sécurité sociale. Il heurte donc frontalement certains points non-négociables de la Doctrine sociale de l’Eglise. Bien sûr, le programme de son adversaire du 2e tour aussi. C’est pourquoi la position des Scouts de France dans notre article précédent était injustifiable. Mais celle d’obliger l’Eglise (et, une fois encore, qui, si ce n’est ni le Pape, ni les évêques, ni la CEF, ni un concile ?) à appeler à voter à l’inverse l’est tout autant. Nos évêques ont eu la grande sagesse de ne pas tomber dans le piège de se laisser enfermer dans des positionnements partiaux.

Que faire, alors ? Quand aucune solution n’est bonne, appeler à voter blanc ? Mais ce vote n’est pas comptabilisé dans les suffrages exprimés et cette solution a donc aussi ses limites. Faut-il que les catholiques n’exercent pas d’eux-mêmes leur propre droit ? C’est, en l’état de la pratique électorale en France, exclure les catholiques de la cité. Voilà qui est contraire à tout l’Enseignement de l’Eglise, depuis la Lettre à Diognète au 1er siècle.

Par ailleurs, nier la possibilité pour un chrétien de choisir en conscience, voilà qui est également erroné dans l’Enseignement de l’Eglise. Là aussi, citons Du libre arbitre de St Augustin… Et à nouveau Veritatis spledor : comme déjà dit, St Jean-Paul II enseigne que la conscience est la dernière instance du chrétien, à condition qu’elle soit formée et conformée au Magistère de l’Eglise. Nous invitons donc nos lecteurs à (re)lire cette encyclique et les textes qui les aideront à mieux se conformer à l’Enseignement de l’Eglise.

Enfin, selon un sondage paru dans Le Figaro du 9/5/17, 71% des catholiques pratiquants ont voté Macron, et donc, 29% Le Pen. Plutôt que d’évaluer les capacités de discernement de ses frères, le lecteur pourra avec profit se pencher sur le sien. Il pourrait alors, discerner, justement, que ce taux du vote Le Pen a été multiplié par 5 par rapport aux élections présidentielles précédentes, ou il était autour de 5%. Et que les évêques ont considérablement infléchi leur discours, fortement anti-FN précédemment, et davantage neutre pour cette échéance électorale-ci. Ils doivent en effet garder la cohésion d’un troupeau séparé dans une forte proportion. Ils doivent surtout annoncer l’Evangile du Christ qui a choisi comme apôtres un collecteur d’impôt pour l’occupant romain et un zélote… De nos jours, on dirait un mondialiste et un identitaire.

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