Conscience erronée et critique de l’Eglise

Comment poser ma question concernant : « Conscience erronée et péché » ? Il n’y a pas d’espace prévu à cette rubrique. Donc la voici ici : Le pape a dernièrement fait savoir que les divorcés remariés civilement peuvent accéder à la Sainte Communion et à la Confession : conscience erronée ?? Pour des questions pastorales. Pourtant pastorale et doctrine ne peuvent être divorcées sans dommage pour Celui qui est Le Chemin, la Vérité et la Vie et ceux à qui cela est destiné : l’humanité, pécheresse. Selon les Evangiles, le Christ a dit “que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni”, et à la femme adultère (c’est valable aussi pour l’homme) : “va et ne pèche plus”. Le Pape, sous couvert de “pastorale” ne peut aller au-delà d’une miséricorde pastorale” sans vérité intrinsèque, celle rappelée ci-dessus. Une miséricorde sans vérité n’est plus Véritable. C’est induire en erreur ceux qu’on veut favoriser. Qui plus est, c’est tout-à-fait injuste vis-à-vis du Christ qui a donné Sa Vie pour que la Vérité nous rende libres, et d’autre part, c’est tout aussi injuste vis-à-vis des divorcés non-remariés, qui souffrent de cet état de fait de séparation forcée, mais qui veulent rester fidèles au sacrement de mariage : à leur engagement avec le Christ pour témoin, malgré ce que ça leur coûte. Et pourtant, jamais le Pape, autant que j’ai pu le savoir, éclairez-moi si erreur, n’a jamais demandé aux divorcés remariés de revoir leurs positions par rapport à leur sacrement de mariage, par rapport au Christ-Sauveur, par rapport aux divorcés non-remariés, par rapport à leur conscience qui doit bien leur dire que leur démarche non seulement n’est pas juste, mais quelque part “mensongère” : dans la confession, vont-ils s’accuser d’adultère ? de trahir leur conjoint dans une relation adultère, de réclamer l’absolution de leur péché qui est parmi les 10 commandements : ne pas voler ou désirer la femme, ou l’homme d’un autre ? Il y a un mensonge intrinsèque. S’il est couvert par la hiérarchie de l’Eglise, c’est encore plus grave. D’ailleurs plus loin, dans votre réponse vous écrivez que “L’adultère est un péché qui relève d’un Commandement, cela ne se discute pas”. Très bien dit ! La réaction ci-dessus est violente mais appuyée sur ce constat. Est-ce à dire qu’ils ressemblent à l’invité du festin, dans les Evangiles, qui n’a pas revêtu l’habit des noces, et est donc entré par effraction dans la salle des noces ? La Vérité est comme le scalpel du chirurgien : extirper le mal pour sauver l’âme de la perdition éternelle. L’égarement du péché de la chair est des plus importants car il obscurcit la conscience. Comme disait Blaise Pascal : “le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas”. Si l’on n’y prend garde avant, le ‘affectivité est englué dans la chair et souffrira beaucoup d’avoir à s’en défaire : un arrachement qui serait salutaire, avec l’aide de la Grâce… Il a été observé que lorsque le centre de l’affectivité et l’émotivité relié à la chair est sollicité, et de plus en plus fort, le centre de la raison n’a plus de prise, il est en terrain glissant… Il faut rappeler aussi que St Paul a écrit “si l’on vous annonçait un autre évangile que celui que je vous ai annoncé, fut-ce moi-même, qu’il soit anathème”. Il a le mérite d’être clair et cohérent, et fidèle à celui pour Qui il s’est converti.

Apparemment, le lecteur a fini par trouver une solution pour nous poser sa question et, vue sa longueur, a même bien trouvé. Après la conscience erronée qui détourne de l’Enseignement de l’Eglise, nous avons ici l’erreur symétrique : la conscience erronée qui prétend dire à l’Eglise ce qu’elle doit faire.

Car, il nous sera impossible de traiter tous les propos tenus mais pointons les plus sensibles :

– « Le pape a dernièrement fait savoir que les divorcés remariés civilement peuvent accéder à la Sainte Communion et à la Confession ». Il n’a rien dit de tel et nous défions l’auteur de la question de nous trouver une citation qui dirait exactement cela. Que certains, dont des évêques et des théologiens de poids, souhaitent interpréter Amoris laetitia en ce sens, c’est exact. Mais le texte et les propos du Pape parlent d’un chemin spirituel à discerner pour chacun. Ce n’est pas la même chose. Il existe différentes configurations dans ces cas-là : demande de nullité, chasteté dans le second mariage, surtout pour les plus âgés etc.

– « Et pourtant, jamais le Pape, autant que j’ai pu le savoir, éclairez-moi si erreur, n’a jamais demandé aux divorcés remariés de revoir leurs positions par rapport à leur sacrement de mariage, par rapport au Christ-Sauveur, par rapport aux divorcés non-remariés, par rapport à leur conscience qui doit bien leur dire que leur démarche non seulement n’est pas juste, mais quelque part “mensongère” ». C’est effectivement une erreur. D’abord, le Pape ne s’adresse pas de la façon personnalisée que ces questions requièrent  à chacun dans ce cas, pour des raisons pratiques évidentes. C’est leur curé, leur confesseur, leur accompagnateur spirituel qui le fait. Ensuite, justement, ceux qui s’y sentent prêts font un chemin et peuvent évoluer dans leurs positions. Notamment, comme dit au point précédent, pour introduire une demande de nullité ou la dissolution de leur mariage si cela parait fondé, ou pour s’engager dans la chasteté s’ils s’en sentent capables. Quant à ceux qui ne peuvent avancer autant, cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent faire un chemin spirituel, rendre des services en Eglise, approfondir leur vie de prière. Cela indépendamment de l’accès aux sacrements

– « La Vérité est comme le scalpel du chirurgien : extirper le mal pour sauver l’âme de la perdition éternelle. L’égarement du péché de la chair est des plus importants car il obscurcit la conscience. » Qui dit ça ? On peut toujours dire que le Christ est venu apporter le glaive (Mt 10, 34). Mais, pour filer la métaphore médicale, Il est venu guérir. Ce n’est pas à coups de scalpel qu’Il fait évoluer la Samaritaine (Jn 4), mais en dialoguant pas à pas avec elle et en l’amenant à se déplacer dans ses certitudes. Plutôt que d’extirper le mal, le lecteur ferait bien de se préoccuper de faire croître le bien, car l’arrachement avec l’ivraie est toujours possible (Mt 1, 24-30)

– « L’égarement du péché de la chair est des plus importants car il obscurcit la conscience ». En tous cas, ce n’est pas ce que dit l’Ecriture, ni l’Enseignement de l’Eglise, et ce n’est pas avoir de compromission à ce propos que de le rappeler : le Premier commandement est contre l’idolâtrie (Ex 20, 3-5) et le seul péché qui n’est pas pardonné, c’est celui contre l’Esprit (Mt 12, 31-32)

– “Comme disait Blaise Pascal : “le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas””. Quand on cite Pascal, il vaut mieux le faire en respectant sa pensée. Car la citation valorise au contraire le travail du cœur, apte à recevoir la Révélation chrétienne, face au « Dieu des philosophes » sèchement rationaliste et qui ne peut en aucun cas donner le salut

– Si l’on n’y prend garde avant, l[e ] ’affectivité est englué[e] dans la chair et souffrira beaucoup d’avoir à s’en défaire : un arrachement qui serait salutaire, avec l’aide de la Grâce… Il a été observé que lorsque le centre de l’affectivité et l’émotivité relié à la chair est sollicité, et de plus en plus fort, le centre de la raison n’a plus de prise, il est en terrain glissant… ». Oui, Platon dit cela, ainsi que bien des philosophies non chrétiennes, y compris le bouddhisme que nos contemporains mettent à toutes les sauces. Ce n’est pas ce que dit la Révélation chrétienne. Le mot hébreu de l’Ancien Testament que nous traduisons par « miséricorde » est le mot rahamim, « entrailles ». On pourrait presque dire « tripes ». C’est parce qu’Il est métaphoriquement saisi aux entrailles que le Seigneur fait grâce. De même, les Evangiles nous montrent souvent le Christ « tressaillir », « être saisi », « frémir » et même « pleurer », par exemple à la mort de Lazare (Jn 11, 34-36). Une très belle petite église sur le mont des Oliviers s’appelle d’ailleurs Dominus flevit, « Le Seigneur pleura », au lieu où Il annonce la chute de Jérusalem (Lc 19, 41-42). Donc la foi passe bien par la raison, qui est apte à gouverner les passions. Mais la raison ne pourra le faire que par la conversion du cœur. Dans la vie spirituelle chrétienne, l’affectivité s’éduque. Elle ne « s’arrache » pas, sauf à vouloir devenir un bonze impassible ou tout  pseudo sage imperméable au travail de la grâce.

– « St Paul a écrit “si l’on vous annonçait un autre évangile que celui que je vous ai annoncé, fut-ce moi-même, qu’il soit anathème”. ». Le verset de Ga 1, 8 ne contient pas « fut-ce moi-même » mais passons. Rappelons simplement au lecteur qu’à la lumière de notre mise au point, cela concerne chacun d’entre nous : avant de se lancer dans des corrections fraternelles vis-à-vis du Pape, il convient de vérifier si l’on est soi-même aussi bien éclairé que cela et un peu d’humilité ne nuit pas.

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