Conscience erronée et péché

Dans une de vos réponses (la question: faut il toujours suivre sa conscience), il était écrit que la conscience erronée oblige et qu’on pèche si on ne lui obéit pas. Pourquoi ce genre de péché n’est jamais mentionné dans les examens de conscience? Peut on le confesser et comment (car le prêtre va dire que je me trompe, qu’il ne s’agit d’un péché).

Nous allons compléter cette réponse d’un article assez ancien. En effet, comme expliqué en citant St Thomas d’Aquin, la conscience est le siège ultime du discernement et de la décision. Ce n’est pas un péché en soi de suivre sa conscience, même si elle est erronée. Mais la bonne question est de savoir pourquoi la conscience est erronée et s’il n’y a pas un péché qui l’a conduite à cette erreur. C’est pratiquement toujours le cas. C’est pour cela que l’article cité évoque la raison : si l’on suit la droite raison, la conscience ne risque pas d’être erronée.

Pour le dire autrement, rappelons que, comme l’enseigne St Ignace de Loyola :

– le discernement ne se fait jamais entre le bien et le mal. Le mal, il ne faut pas le faire, point

-le discernement se fait entre le bien et le meilleur. C’est là, et seulement là, que peuvent se situer les cas de conscience.

Comment est-on sûr du bien et du mal ? Plusieurs outils sont à notre disposition :

– les Commandements. C’est pourquoi, dans l’exemple cité, la personne ne devrait pas être adultère en suivant sa conscience. L’adultère est un péché qui relève d’un Commandement, cela ne se discute pas

– l’Ecriture

– l’Enseignement de l’Eglise.

Pour ce qui est d’un réel cas de conscience, c’est-à-dire choisir entre le bien et le meilleur (ou le moindre mal), s’ajoutent d’autres aides :

– l’accompagnement spirituel. Quand on a des cas de conscience, il ne faut jamais rester seul mais en parler à un accompagnateur, un aîné dans la foi, au minimum une personne de confiance

– les sacrements. Une vie sacramentelle régulière évite bien des errements

– la prière. Si, au bout de plusieurs jours, l’oraison indique une consolation pour une option et une désolation pour une autre, c’est un bon indice. Ce qui veut dire que, dans la mesure du possible, il ne faut pas décider à chaud… Et prévoir de ne pas se retrouver dans des situations où il faudra le faire autant qu’on peut.

Sur ce qui est du Magistère de l’Eglise, St Jean-Paul II a expliqué dans Veritatis splendor que la conscience est l’instance ultime de décision du chrétien, mais encore faut-il que ce soit une conscience conformée à l’Enseignement de l’Eglise. Ce n’est pas tout de faire appel à sa conscience. Encore faut-il avoir pris la peine de se former, de connaitre ce que dit l’Eglise sur le sujet, encore une fois d’en avoir parlé à une personne formée pour cela. Ce n’est qu’ainsi qu’on limitera le risque d’une conscience erronée. Donc, quelle que soit la tradition spirituelle (thomiste, ignacienne, de Jean Paul II), on arrive à la même conclusion : les moyens d’ordonner sa conscience et de bien agir existent.

Du coup, en confession, il est important de faire état d’avoir pris la mauvaise décision en conscience. La question sera alors plutôt de savoir quel péché est à l’origine de l’erreur de conscience. Si on reprend l’exemple de l’adultère, qu’est-ce qui a amené à estimer cet adultère indispensable ? Un manque affectif, sur lequel s’est niché un péché contre la Foi  (Dieu ne me suffit pas) ? La peur d’être seul ou d’affronter une situation, qui peut s’accompagner d’un péché contre l’Espérance ? La luxure toute simple, où on s’abandonne à une pulsion ? L’orgueil manifesté par un désir de séduire ? La colère contre son conjoint légitime qu’on trompe pour le punir ? Le refus d’écouter l’Eglise ? C’est plutôt la pointe de ce péché-là qui nécessite une guérison et une réconciliation.

Conscience erronée et péché
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