Conception virginale dans la Bible (1/3)

Comment peut-on croire que Marie a pu être enceinte en étant vierge ? N’est-il pas plus logique d’admettre que c’est Joseph le père de Jésus ? (1/3)

Nous pouvons reprendre les mots du théologien jésuite Karl Rahner, qui voit dans l’entrée dans son existence terrestre du Christ et sa sortie « par la porte fermée » un « parallélisme qu’on trouve souvent chez les Pères… entre les apparitions du Christ et [sa] naissance ». La conception virginale du Christ, c’est-à-dire le fait que Marie soit vierge au moment où elle le conçoit, a un sens très profond pour comprendre les deux natures du Christ, vrai Dieu et vrai homme. Elle nous indique aussi la façon dont s’opère le Salut. Plusieurs textes des Ecritures et des Pères de l’Eglise montrent la nouveauté inouïe qui se manifeste ainsi et l’Eglise a répondu très tôt à toutes sortes d’objections sur ce point car cela tenait au cœur de sa foi. En effet, la conception virginale du Christ dit la venue réelle de Dieu dans notre humanité  – ce qui s’appelle en théologie la christologie descendante – et le salut que seul Dieu peut opérer. Dans une logique de christologie ascendante, elle rend l’être humain coopérateur de ce Salut et lui permettant d’y répondre en toute liberté.

Pour ne pas faire des billets trop longs sur un sujet demandant beaucoup d’explications, nous répondrons en trois parties à cette question. Commençons par regarder l’Ecriture (pour ne pas alourdir l’article, nous n’indiquerons que quelques références de versets, sans les citer).

Pour commencer sur un plan strictement religieux, les naissances problématiques dans la Bible… ne posent pas problème : Thamar est enceinte de son beau-père Juda en se faisant passer pour une prostituée, Ruth, ancêtre du roi David, n’est pas juive, Bethsabée a un enfant adultérin du même David etc. Les exégètes parlent du « critère d’embarras » : il aurait été plus commode, moins scandaleux, plus « politiquement correct » que ces femmes aient un enfant dans les règles. Si la Bible nous évoque des situations scabreuses, c’est sans doute qu’elles sont vraies mais qu’elles ont aussi un sens théologique : la vie de Dieu passe quand même, même dans les situations problématiques. Par conséquent, si Jésus avait été un enfant illégitime, la Bible n’aurait eu aucun mal à l’admettre, puisqu’elle l’a déjà fait. S’il était le fils de Joseph, elle l’aurait dit aussi comme pour ses autres protagonistes.

La thèse que Jésus soit le fils de Joseph vient surtout de l’école d’exégèse historico-critique à partir du XIXe siècle. Jusque-là, les détracteurs du christianisme, essentiellement Juifs, mettaient plutôt en avant sa bâtardise. Or, l’Ecriture montre bien que Jésus est bien le fils de Marie: c’est clair dans les annonciations à Marie (Lc 1) et Joseph (Mt 1, 17-25). Qui est son père n’est en revanche pas très clair (« ce qui est engendré viendra de l’Esprit-Saint » Mt 1, 20) mais ce n’est pas Joseph. En revanche, les deux textes nous présentent cet enfant à venir comme source de salut.

Que Joseph ne soit pas le père de Jésus est confirmé en Lc 3, 23 ; Mc 6, 3 ; au Recouvrement au Temple (Lc 2, 41-50). St Paul rappelle qu’Il est “né d’une femme” (Ga 4,4) alors que dans sa culture, c’est l’engendrement du père qui compte. D’ailleurs, Jésus parle de son Père, qui est d’une façon différente notre Père (cf. Ga 4,6), en ayant manifestement conscience que ce dernier n’est pas un homme.

Donc si différents textes indiquent que le père de Jésus n’est pas connu, c’est que la réponse est ailleurs. Mais, encore une fois, si la Bible voulait indiquer qu’il est de père inconnu, elle l’aurait fait.

Enfin, la conception virginale de Jésus accomplit la prophétie d’Isaïe 7, 14. Nos traductions actuelles ont traduit le terme hébreu par « jeune femme ». Mais, dans la Septante, l’Ancien Testament traduit en grec au IIIe siècle av. J.-C., c’est bien le terme parthenos, « vierge », qui est employé. Pourquoi des traducteurs juifs, trois siècles avant le Christ, auraient écrit qu’une vierge va enfanter s’ils n’y voyaient pas une prophétie à la portée théologique très profonde ?  Nous allons examiner dans le prochain article les conséquences pour notre salut de cette conception virginale.

 

 

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