Comment se justifie la hiérarchie des normes?

Ma question est en même temps une remarque : je trouve que certains articles manquent de sources. Vos réponses étant parfois très courtes (pour aller à l’essentiel j’imagine), j’aimerais parfois approfondir certains points en lisant vos sources. Par exemple, dans votre article “Qui décide ?”, vous ne donnez pas de justification dans l’ordre de la hiérarchie des normes, ni quel texte autoriserait la Conférence épiscopale à prendre des mesures sanitaires. Le texte avancé par les partisans de la communion à la bouche est le texte Redemptionis Sacramentum : “92 – Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche.” Ce texte étant écrit par la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, quelle est l’autorité de la Conférence des Évêques pour interdire la communion à la bouche ?

De fait, www.reponses-catholiques.fr est un site de vulgarisation de théologie catholique qui se veut accessible à tout public, y compris des jeunes adultes, des personnes non croyantes ou d’autres religions. En outre, le format Internet oblige à faire des articles assez courts, qui ne fassent pas 10 pages comme dans une revue scientifique, ni même 3 ou 4 dans un magazine papier. Notre crainte aurait été plutôt que nos billets soient trop longs, nous remercions donc l’auteur de la question de nous rassurer sur le fait que ce n’est pas le cas.

Nous avons effectivement expliqué de façon la plus simple possible la hiérarchie des normes dans l’Eglise catholique, avec une double contrainte : la hiérarchie des textes (de l’Ecriture à la décision d’un responsable laïc en mission ecclésiale en passant par le Magistère, les décisions de l’Ordinaire du lieu) et la hiérarchie des personnes, du Pape au laïc en mission ecclésiale mentionné à l’instant. Les sources sont nombreuses et sont en particulier le Code de droit canonique. Il s’appuie sur certains textes tels que Pastor Bonus (Concile de Vatican I), pour n’en citer qu’un, ou d’autres textes du Magistère et, encore une fois, l’Ecriture : le rôle de l’évêque et les autres ministres ordonnés provient des Epitres pastorales (1 et 2 Tm et Tt). Bref, c’est un sujet très technique de canoniste et nous recommandons au lecteur qui veut vraiment avoir des sources très pointues de suivre un cours de droit canon. Cela dépasse complètement le cadre de ce site.

Pour autant, il nous semble que nous nous efforçons d’étayer nos propos à chaque fois avec des références, d’abord les versets bibliques qui correspondent. Par exemple, outre les Epîtres pastorales que nous venons de mentionner, les normes de hiérarchie dans l’Eglise se fondent sur l’épisode de la Primauté de Pierre (Mt 16, 16-29) s’agissant du Pape. Au bout du bout, les normes magistérielles se rapportent à « Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. » (Mt 5, 18-20).

Il en résulte qu’avancer un seul texte comme Redemptionis sacramentum est délicat car, si c’est pour contester l’autorité de l’évêque, c’est prendre le risque d’aller contre d’autres textes et, in fine, la Bible elle-même. En revanche, nous encourageons nos lecteurs à lire attentivement nos réponses : opposer l’autorité d’une Conférence épiscopale à celle de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, c’est passer à côté de nos explications sur le fait que l’autorité de la conférence épiscopale ne vaut que par l’autorité de l’évêque de chaque lieu qui met en œuvre les décisions prises collégialement avec ses frères évêques… Ce qui renvoie à l’autorité de l’évêque dans le Nouveau Testament.

Sur l’exemple choisi, puisque Redemptionis sacramentum 92 permet au fidèle de recevoir la communion à la bouche ou dans la main selon son choix, comment justifier que la communion à la bouche ait été imposée aux JMJ à partir du pontificat de Benoit XVI ? Ou dans les communautés de l’Arche ? Nous avions nommément cité ces exemples. Mais nous, nous n’avons pas de réponse qui se justifie autrement que par une décision de l’Ordinaire du lieu.