Comment maintenir une paroisse qui perd son prêtre?

En septembre prochain, il n’y aura plus de prêtre sur notre doyenné. Un “administrateur” viendra de temps à autre célébrer une messe. Inutile, compte tenu de la taille du doyenné, des routes montagneuses et de l’âge des paroissiens, de compter sur le co-voiturage. Que faire pour les sacrements : communion, malades, confessions…? Comment maintenir la paroisse ? Nous avons l’impression que l’Eglise se replie sur la ville et nous abandonne.

Nous comprenons la détresse que ces situations génèrent et il est indéniable que les évêques concentrent le peu de forces presbytérales qui leur restent dans centres urbains. La logique est de créer des « pôles spirituels » qui peuvent ensuite rayonner autant que faire se peut sur les alentours. Ce qui nous ramène au temps des premiers chrétiens.

Nous ne pouvons cependant pas répondre autre chose que notre article https://www.reponses-catholiques.fr/theologie-sacramentelle-penurie-de-pretres-et-laics/. Si quelqu’un avait la solution, il serait peut-être Docteur de l’Eglise !

Insistons sur le fait que la question n’est pas qu’ecclésiale. Elle va de pair avec la dévitalisation de territoires ruraux, et même de petites villes et une partie de la réponse dépasse l’Eglise. Pour avoir une messe, il faut un prêtre mais il faut aussi un bus, des commerces dans le bourg, un marché etc. Ce qui crée de l’activité et du passage rend plus propice une vie d’église locale. Du coup, il est important que les fidèles se mobilisent aussi sur ce terrain-là : interpeler les élus pour avoir des transports, par exemple, et que les chrétiens qui ont un pouvoir de décision s’investissent pour défendre l’activité locale.

Est-ce que le phénomène des rurbains va changer la donne ? Il est trop tôt pour savoir si la crise sanitaire va déclencher un réel départ de professionnels des grandes villes vers de plus petites, voire la campagne. D’une part certaines études semblent montrer qu’on parle beaucoup de cette tendance mais qu’elle ne se traduit pas vraiment dans les faits. D’autre part, rien ne permet de savoir si les personnes qui franchiraient le pas seront pratiquantes au point d’amener un évêque à réorganiser sa présence presbytérale.  Mais peut-être que oui dans certains lieux.

Une analogie peut être faite sur un cas que nous avons pu observer : le Chemin de St Jacques de Compostelle. Il n’y a pas plus de catholiques sur ce chemin qu’ailleurs, du moins plus depuis les premières années. Mais c’est une occasion unique pour l’Eglise d’évangéliser, de rappeler sa présence et que, sans la foi au Christ, le Chemin n’aurait jamais existé. Or, nous constatons de grandes diversités selon les diocèses très ruraux traversés : dans certains, une pastorale du pèlerinage est proposée, même dans des bourgs assez petits : bénédiction des pèlerins à 18h, messe à cet horaire-là permettant aux pèlerins de s’y rendre, annonce de la messe dans les gîtes, pot de bienvenue, visite « spirituelle » du patrimoine religieux, ouverture de gîtes sur donativo ouverts par la paroisse ou une association chrétienne avec des bénévoles, vêpres dans ces gîtes, benedicite au repas en commun etc. Une vraie vie d’Eglise se met en place autour du pèlerinage.

Nous avons pu constater qu’il arrive que des personnes peu pratiquantes, voire des étrangers non chrétiens (Japonais, Taiwanais…) vont à ces propositions et ont leur seul contact avec l’Eglise depuis très longtemps. Mais, dans le diocèse d’à côté, nada : pas de propositions aux pèlerins, messes à des horaires incompatibles avec leur rythme ou pas de messe du tout etc.

Malgré les difficultés du manque de prêtres en zone rurale, certains arrivent à être créatifs, d’autres non. Cela passe toujours par un fort engagement des laïcs, même âgés, dans ces bourgs. Le manque de prêtres reflète le manque de chrétiens pratiquants. C’est à ceux qui restent d’évangéliser à la mesure de leurs forces. Ce site espère modestement y contribuer.

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  1. Manque de prêtres et Eglise schizophrène - Réponses catholiques

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