Comment justifier le Péché originel? (1/8)

J’ai plusieurs questions qui me taraudent et je vous remercie par avance de l’attention que vous pourrez leur porter.1ère question : Pourquoi le simple fait d’avoir péché une seule fois dans le jardin d’Eden (Adam et Eve) cela a-t-il conduit l’humanité toute entière à la punition ? Dieu n’est-il pas juste et bon ?. Est-il juste de condamner les enfants d’Adam et Eve (qui sont à la base innocents car pas nés) à la vie difficile sur terre et les condamner à souffrir et à mourir par la faute de leurs ainés ? C’est comme si en tant que père de mes enfants, si je tuais quelqu’un, on envoyait mes enfants en prison. (1/8)

L’auteur de cette question a effectivement posé 8 questions, souvent très longues et contenant une foule de sous-questions. Nous les traiterons en une sorte de série d’été étalée sur plusieurs semaines (et certainement en septembre aussi), afin de pouvoir répondre aussi aux questions des autres lecteurs dans le délai maximal de 2 semaines auquel nous essayons de nous astreindre. Ajoutons aussi à ce petit préambule que toutes ces questions sont manifestement influencées par des idées théologiques protestantes, donc entachées de graves erreurs théologiques, qui expliquent en grande partie les impasses conceptuelles dans lesquelles l’auteur se retrouve : s’il s’appuyait sur une saine théologie catholique, il n’aurait pas toutes ces difficultés, comme nous allons essayer de le montrer. Pour commencer, il a tendance à beaucoup envoyer les gens en enfer, ce qui est déjà une grave erreur, et même parfois une faute morale : personne n’a le droit de décider à la place de Dieu qui va en enfer ou non et personne ne peut dire que telle autre personne y va.

Cette première question est une objection très classique au dogme du Péché originel. Elle part d’une lecture fondamentaliste de la Bible. Ce que dit la doctrine du Péché originel, c’est que le péché est entré dans l’humanité par la faute d’Adam et Eve et que toute l’humanité en est marquée. Tout être humain en est marqué dès son existence, donc dès sa conception (https://www.reponses-catholiques.fr/peche-originel/). Seuls font exception le Christ, qui est sans péché, et la Vierge Marie, qui n’est pas sans péché par ses propres forces mais en a été protégée (ce que la foi catholique appelle l’Immaculée conception).

Notons que cela ne sort pas de nulle part dans l’Ecriture : le Psaume 50 nous dit bien au verset 7 « Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère. »

Qu’est-ce que cela veut dire ? Adam et Eve représentent l’humanité à son origine, ce sont des archétypes, au sens étymologique du terme (du grec archè, « début/commencement » et tupos, « figure qui en représente d’autres ». Donc, dès son origine dans le temps, l’être humain a été sujet au mal. Cela n’empêche pas (nous anticipons d’autres questions), qu’il a été créé bon et qu’il a sa part de responsabilité dans le mal qu’il commet. C’est ce que signifie la tentation du Serpent dans Gn 3 : la tentation du mal vient d’ailleurs que l’homme mais l’homme y donne prise. Les malédictions de Gn 3 s’adressent donc non pas à des personnes individuelles mais à tous ceux qu’Adam et Eve représentent, c’est-à-dire tous les hommes et toutes les femmes dont ils sont les archétypes.

Signalons que ces malédictions sont des constats et non des condamnations : le mal auquel s’est livré l’homme a des conséquences néfastes et s’enchaîne de génération en génération.

Le plus étonnant, c’est que les gens s’en étonnent. Tout le monde peut constater que le mal métastase et se répand de personne à personne. Tout le monde peut constater qu’un tout petit bébé est déjà sujet à la violence, à la manipulation et à l’égoïsme, en refusant par exemple de prêter ses jouets ou en refusant de manger. Tous ceux qui ont des notions de psychanalyse savent que nous naissons blessés et que ces blessures, reçues parfois in utero, nous conduisent à des comportements inadaptés. Certains font même de la psychogénéalogie et des constellations familiales pour tenter de guérir de drames et de méfaits, ayant eu lieu parfois à trois ou quatre générations antérieures. C’est un autre langage mais le constat est exactement le même que dans le dogme du Péché originel.

La cure psychanalytique ou tout travail de psychothérapie ont pour objet de s’en délivrer. Ils impliquent donc une démarche personnelle et la responsabilité de chacun pour ne plus reproduire ces comportements déviants. C’est une manière de dire qu’on ne subit pas seulement un mal venu de plus loin et de plus avant nous : on l’entretient ou on tente de s’en libérer. La vie spirituelle répond exactement à cet objectif, même si elle a une portée beaucoup plus ample : la psychothérapie ne permet pas la résurrection et la vie éternelle.

Il est donc curieux que la plupart des gens, qui sont tout à fait prêts à admettre le discours psychanalytique sur cette question, le refusent dès que le cheminement de libération implique de le faire avec Dieu et grâce à la médiation de l’Eglise plutôt que celle d’un psy.