Christianisme porteur de haine ?

Certaines citations de l’Écriture ne conduisent-elles pas à la haine ? Par exemple : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je suis venu apporter, non la paix, mais le glaive. Car je suis venu séparer le fils de son père, la fille de sa mère, et la bru de sa belle-mère ; et on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. » (Matthieu 10, 34-36). « Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Luc 14, 26)

Je renvoie aux « posts » (ici et ) où j’ai parlé de la lecture de l’Écriture. Nous avons ici une bonne illustration de ce qui y était dit sur le danger d’une lecture fondamentaliste. Répétons, comme l’a fait récemment Benoît XVI dans son « exhortation » après le Synode « Verbum domini », que l’Écriture Sainte doit être lue « dans l’Esprit » qui l’a suscité et « en Église ». Toute parole du Nouveau Testament ne peut être comprise que dans le cadre des Béatitudes, et des paroles fondamentales du Seigneur. Ainsi, lorsque ce dernier résumait l’enseignement de l’Ancien Testament, il disait : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi-même ». Cela ressemble d’assez loin à un appel à la haine !

Ainsi bien comprise, la première citation est un constat et une mis en garde : la Révélation du Christ amènera nécessairement des tensions et des oppositions, parfois terribles, entre ceux qui l’accepteront et ceux qui la refuseront. Les liens familiaux, si importants dans les sociétés traditionnelles, seront mis à rude épreuve. Chacun aura à faire son choix, librement, mais avec la conscience de devoir parfois s’opposer à ses proches. La Parole de Dieu est tranchante comme une épée et « vomi les tièdes ». Cela peut paraître dur, mais sans cela elle ne serait qu’une opinion vague parmi tant d’autres.

Pour la seconde citation, aux dires de tous les commentateurs, l’expression est un décalque de l’araméen (ou de l’hébreux d’une expression qui signifie simplement « préférer radicalement »). Les Méditerranéens exagèrent toujours un peu ! Ce que confirme le sens plus général de l’Évangile : l’amour du prochain est subordonné à l’amour de Dieu qui seul peut lui donner son sens authentique.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

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