Changer de rite?

Est-il possible de changer de rite ? De passer par exemple du rite maronite ou byzantin au rite romain, ou inversement ? Et si oui, comment ?

Nous comprenons de la question que les rites en question sont ceux d’Eglises rattachées à Rome. Autrement, la réponse serait « non ». On pourrait toujours discuter de la validité des sacrements du rite orthodoxe mais il faut alors tenir compte du point de vue de ces Eglises-là : en général, ce sont elles qui refuse l’accès à leurs sacrements aux catholiques plutôt que l’inverse.

Pour ce qui est des Eglises rattachées à Rome, leurs sacrements sont valides pour tous les fidèles d’’autres Eglises rattachées à Rome, et vice-versa, même si des variantes peuvent exister (sacrement du Mariage donné par le prêtre et non les époux dans plusieurs Eglises orientales, par exemple). Cela inclut bien sûr aussi les catholiques romains.

Une personne peut donc aller à la messe et recevoir les sacrements d’une autre de ces Eglises si les circonstances sont meilleures pour elle : par exemple, si aucune église de son rite n’est présente à une distance raisonnable. Ou si son conjoint est d’une autre Eglise et qu’il faut bien choisir une des deux etc.

Hormis ces cas, la question… Pose question. En effet, les Eglises en question ont chacune des spécificités, la plus flagrante étant la langue liturgique : arabe pour les Maronites, syriaque ou araméen pour les Syriaques et Chaldéens, copte pour les Coptes-catholiques, arménien pour les Arméniens-catholiques etc. Ces langues ne sont que la manifestation la plus visible de l’inscription de ces Eglises dans une culture, une nationalité – libanaise pour les Maronites, égyptienne pour les Coptes – ou un espace géostratégique – Roumanie et Ukraine pour les Grecs-catholiques, Syrie et Irak pour les Chaldéens, Commonwealth pour les Anglicans rattachés à Rome etc – une communauté chargée d’Histoire…

On ne comprend donc pas trop pourquoi quelqu’un n’ayant rien à voir avec ces cultures et communautés, ne parlant pas ces langues, « changerait de rite ». La vie chrétienne n’est pas qu’une affaire de rite liturgique. Un chrétien s’inscrit dans une communauté paroissiale et la paroisse est un lieu de proximité territoriale. Certes, certains, surtout dans les grandes villes, fréquentent plutôt tel monastère ou telle paroisse de telle spiritualité mais il faut se méfier de trop forcer les attaches affinitaires, qui négligent là où le Seigneur nous a mis. Si aucun lien géographique n’existe, cela n’a pas de sens car le fidèle ne pourra concrètement pas s’engager dans cette paroisse.

Pour en revenir aux différents rites, on peut comprendre qu’un traditionnaliste traverse la ville pour aller à une messe de rite extraordinaire ou qu’un Maronite aille à l’autre bout de son département pour trouver une messe maronite. Mais autrement, qu’est-ce que cela veut dire ? Comment le fidèle « qui change de rite » va-t-il s’engager dans cette paroisse dont il ne maîtrise ni la langue, ni la culture ? Quel groupe de prière va-t-il rejoindre, quelle activité caritative, quel service va-t-il rendre dans ce lieu ? Lire les spirituels orientaux, c’est bien. Ne jamais lire des mystiques latins, c’est problématique. Comment cette personne va-t-elle prier, que va-t-elle lire ? La liturgie n’est pas un spectacle et on ne choisit pas une église à la tête du client. Bref, changer de rite, pourquoi faire ?

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