Assiduité et acédie

Un manque d’assiduité dans les prescriptions de l’Eglise (confessions, messes, catéchisme…) peut-il compromettre notre admission au Purgatoire, ou même nous vouer à l’Enfer ou à l’anéantissement ?

Si l’admission d’un défunt au Purgatoire est compromise, c’est que, de deux choses l’une :

  • Il est admis au Paradis, ce qui n’est manifestement pas l’objet de la question
  • Il est en Enfer.

Savoir si l’Enfer et l’anéantissement sont la même chose est un point très discuté entre théologiens. D’un côté, une tradition venue de la Bible évoque du feu et des tourments éternels. En particulier Daniel 12, 2 : « la honte et la déchéance éternelles » ou 2 Maccabées 7, 36 : « un juste châtiment pour ton arrogance ». Le Christ évoque plutôt la Géhenne, par exemple en Mc 9, 41-50 : «là où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint pas. » (v. 48).

D’un autre côté, l’Apocalypse de St Jean parle de la « deuxième mort » : « Puis la Mort et le séjour des morts furent précipités dans l’étang de feu – l’étang de feu, c’est la seconde mort. » (Ap 20, 14). Est-ce une forme d’anéantissement ou de brulure éternelle ?

Pour en revenir au fond de la question, elle n’est pas justement, sur le fait de respecter des prescriptions. La foi catholique n’est pas une « orthopraxie », comme le judaïsme, c’est-à-dire le respect de règles, fussent-elles morales, et de rituels. Elle est l’adhésion à une personne, le Christ. Seule la foi sauve, le Nouveau Testament nous le dit bien (par ex en Ac 16, 31).

Une fois ceci posé, la foi catholique, c’est là sa principale différence avec le protestantisme, s’exprime à travers des actes et la vie sacramentelle. Autrement dit par la présence au moins dominicale à l’Eucharistie, la confession régulière (une fois par mois, c’est bien), une vie de prière fervente, une formation catéchétique et théologique continue et des œuvres de charité.

En renversant les choses, l’Eglise catholique a bien conscience que la chair est faible et que tout le monde ne peut avoir une foi « au top »  toute sa vie. La vie sacramentaire, la prière, la formation à l’intelligence de la foi et l’exercice de la charité ne sont donc pas seulement des expressions d’une foi vivace, ils sont aussi des moyens pour soutenir une foi défaillante. C’est pour cela que, même en phase de crise, de doute, voire de nuit spirituelle, il faut continuer à prier, aller à la messe, se confesser, se former sur le plan doctrinal et spirituel, ainsi que tenir ses engagements caritatifs et ecclésiaux. Cela aidera à traverser l’épreuve.

Il en résulte que « le manque d’assiduité » que pointe la question est sans doute la traduction d’un manque de foi. Ne pas aller à la messe, ne plus se confesser, ne plus prier ou se former au Magistère de l’Eglise, arrêter ses engagements conduisent droit à l’acédie : la tiédeur spirituelle, le « à quoi bon », le « bof » radical. C’est ainsi que, petit à petit, on est sur une pente où on perd la foi et qui conduit effectivement, à plus ou moins brève échéance, à l’Enfer. Autrement dit la coupure avec Dieu.

Les Pères spirituels ne s’y sont pas trompés : l’acédie est le pire danger qui guette le moine dans sa vie spirituelle et ce n’est pas pour rien que c’est un péché capital, appelé le plus souvent « paresse ».

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