Art et postmodernité

« C’est le contenu qui rend l’œuvre dangereuse, pas la forme. A ce compte-là, on ne pourrait plus aller au Louvre voir des sculptures de Praxitèle parce qu’elles sont païennes, ». Les œuvres païennes étaient préchrétiennes (ne portaient pas en elles la condamnation de toute transcendance), celles qui se veulent ancrées dans la modernité, post chrétiennes sont porteuse de ce « péché originel » de la modernité. Par comparaison, on ne peut mettre sur le même plan le droit naturel selon Saint Thomas (qui récupère Aristote) qui admet suppose et prépare à la transcendance, et le droit naturel des lumières qui exclut toute dimension verticale dès l’origine : il s’agit pourtant des mêmes notions. Les musiques contemporaines citées ont beau se réclamer du Gospel et vouloir honorer Dieu avec toute la bonne volonté du monde, elles semblent bien incapables de sortir de l’ornière de la modernité « la forme » infusée par le fond de la modernité. En matière d’art, la distinction forme et fond ne mériterait-elle pas quelques développements me semble t’il ?

Il nous semble important d’avertir le lecteur que le paganisme n’est pas limité à la période antérieure au christianisme. D’une part, il a toujours été présent dans d’autres cultures que la chrétienté. D’autre part, il se développe considérablement dans nos sociétés. De ce fait, il produit des œuvres d’art, et, plus généralement, une activité intellectuelle. L’Eglise n’a jamais rejeté l’art et la culture, au contraire. Combien de chrétiens, et même des prêtres, sont ethnologues ou anthropologues et s’attachent donc à mieux connaître des cultures qui ne sont pas forcément chrétiennes ? Ce que l’Eglise attend des chrétiens, c’est d’évangéliser les cultures, pas de les éliminer. Autrement, les musées du Vatican seraient amputés d’une bonne part de leurs collections. Et si St Thomas a “récupéré Aristote”, Ste Edith Stein a récupéré la phénoménologie, le chanoine Lemaitre la théorie de la relativité et Denis Vasse la psychanalyse.

Ensuite, nous sommes très étonnés de ce discours sur la « modernité ». Dans le Magistère de l’Eglise, la critique de la modernité date pour l’essentiel du XIXe/début XXe siècles. Mais, culturellement et intellectuellement, l’Occident est dans l’ère de la post-modernité depuis maintenant plusieurs décennies. C’est pour cela que le Pape Benoît XVI a décidé de lancer le Parvis des Gentils, afin de dialoguer avec toutes les cultures.

Une des conséquences de la post-modernité est justement de nier tout droit naturel, qu’il soit des Lumières ou aristotélico-thomiste. Donc les défis auxquels les chrétiens ont à faire face ne sont plus ceux des Lumières, ni même de l’athéisme marxiste : ce sont les défis d’une négation de la condition humaine, du transhumanisme, de la relativité absolue de tout système éthique, de la transcendance via les sagesses orientales, des relations humaines par les technosciences et même de la Raison chère aux Lumières. La déconstruction et l’art queer  en sont les expressions, et c’est bien cela qu’il faut évangéliser.

Du coup, les musiques chrétiennes sont un moyen de le faire. Prétendre que tout le Gospel, même catholique, ou la pop-louange “semblent bien incapables de sortir de l’ornière”, c’est rejeter l’ensemble du Renouveau charismatique et toutes les initiatives vers les jeunes comme Anuncio, les JMJ, les Frat, le MEJ etc. Ce n’est pas le choix de l’Eglise catholique. Ces propos sont particulièrement blessants vis-à-vis du Renouveau, quand on sait le nombre de vocations sacerdotales et consacrées qu’il suscite, sa solidité doctrinale et son dynamisme évangélique.

Le lecteur voulant en savoir plus de façon abordable sur les questions de fond et de forme dans l’art pourra s’intéresser aux textes lus par les Veilleurs ou aux publications d’Aude de Kerros. Celui qui est prêt à creuser ces questions de fond et de forme esthétique sur le plan philosophique, avec des ouvrages plus ardus, pourra lire ceux d’auteurs spécialistes de l’herméneutique, comme Vérité et méthode de Gadamer.

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