Aimer son prochain

St Martin partageant son manteau

Question: Qu’est-ce qu’aimer son prochain? Se dépouiller pour qu’il soit  encouragé à mendier? Satisfaire aux envies qui mènent au mal? Pour  plaire et se faire aimer?

 

Cette question est une question difficile, puisqu’elle ressortit à la vertu de prudence.

Sur le principe, trois choses doivent être rappelées clairement:

1) Tout d’abord, il est évident qu’une offrande à son prochain ne peut encourager au mal (donner de l’argent à quelqu’un pour qu’il se drogue n’est pas un acte de charité).

2) Ensuite, il faut se souvenir du beau mot de saint Bernard: “La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure” (ce qui veut dire, en particulier, que la charité peut effectivement amener à se dépouiller; je veux dire à prendre de son nécessaire – qu’il s’agisse d’argent ou de temps).

3) Enfin, il faut rappeler que nous sommes invités à aimer notre prochain comme nous-mêmes. Je me permets d’insister sur la notion de prochain: le prochain est, par définition, celui qui nous est proche. Je ne suis pas sûr, par conséquent, qu’il soit très sain qu’un père de famille prenne le pain de ses enfants pour le donner à un “lointain”. Notre religion est une religion de l’Incarnation. Il est beau et bon de donner pour des causes charitables lointaines, mais cela ne peut pas se faire au détriment de l’amour des personnes que Dieu a mises sur notre chemin. Précisons encore que la notion de prochain n’est pas aisée à cerner. Pour ne prendre qu’un exemple précis: les lépreux de Calcutta qui, initialement, était des “lointains” pour Mère Teresa sont devenus pour elle des prochains. Elle ne les a pas aimés de loin.

Pour le reste, il me semble qu’il faut du discernement et c’est peut-être là le plus difficile.

 

NB: à propos de ce discernement, je me souviens avoir entendu, voici quelques années, un chapelain de Lourdes déconseiller vivement aux fidèles de donner aux nombreux mendiants des pays de l’Est qui “opéraient” autour des sanctuaires. Sur le coup, cela m’avait choqué, mais, à la réflexion, il était manifeste que ces malheureux étaient exploités par des mafias et que leur donner une pièce équivalait à encourager ces mafias. Leur donner était donc encourager leurs propres bourreaux. Et je pense aujourd’hui que ce chapelain avait mille fois raison.

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