Adultère et canon (1/2)

Je suis surpris de lire, sur votre site, que le meurtre et l’adultère entraîne l’excommunication. Je ne vois aucune trace de cela dans le Code de Droit canon. Pourriez-vous me mettre les références exactes dans votre texte ? (1/2)

Cette question est très intéressante car elle permet de donner des éléments de méthode pour comprendre l’Enseignement de l’Eglise. Comme l’auteur de la question ne cite pas, lui, ses sources et le passage qui lui pose question, nous ferons donc une réponse générale en deux parties : l’une sur l’adultère, l’autre sur le meurtre et l’avortement dans le prochain article (nous avons donc coupé la question en deux). L’adultère concerne des situations très diverses pour des personnes engagées dans un mariage sacramentel valide: par exemple, les relations extra-conjugales (avoir un amant ou une maîtresse), la vie en concubinage en étant séparé de son conjoint, le remariage après un divorce.

Le Code de droit canonique (CDC) est un code juridique et doit être compris et utilisé comme tel. Faisons une analogie avec le Code civil. N’importe qui peut se procurer un code civil et lire les articles en fonction de différents délits. Pourtant, n’importe qui sait que le droit est dit par des juges, issus de l’Ecole Nationale de la Magistrature, dans des tribunaux, faisant intervenir des avocats ayant eux même les diplômes et habilitations requis. Des conseils juridiques en entreprise, des professions faisant appel à des compétences juridiques particulières (notaires, par exemple), sont sollicitées par les personnes n’ayant pas ces qualifications. En outre, ce sont les députés qui votent les lois, le gouvernement qui les promulgue, les administrations qui les mettent en œuvre.

C’est un peu pareil pour l’Enseignement de l’Eglise. Ce n’est pas parce qu’on va s’acheter un CDC qu’on peut dire ce qu’est le Magistère de l’Eglise. Des canonistes disent le droit canon, des tribunaux ecclésiastiques l’appliquent, des théologiens réfléchissent à ses fondements, des papes ou évêques écrivent des textes (encycliques, exhortations apostoliques etc) pour enseigner la doctrine, des prêtres et personnes en mission d’Eglise la font vivre.

Tout cela pour dire que l’adultère est un péché très grave et que son état habituel empêche d’accéder aux sacrements, en particulier la communion eucharistique. On peut toujours aligner les canons pour le justifier. D’ailleurs, certains documents du Magistère les alignent. Par exemple, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans sa Lettre aux Évêques de l’Église Catholique sur l’accès à la communion eucharistique de la part des fidèles divorcés-remariés du 14 septembre 1994 écrit « 6. Le fidèle qui vit habituellement « more uxorio » avec une personne qui n’est pas sa femme légitime ou son mari légitime, ne peut accéder à la communion eucharistique. Si ce fidèle jugeait possible de le faire, les pasteurs et les confesseurs auraient, étant donné la gravité de la matière ainsi que les exigences du bien spirituel de la personne (Cf. 1 Cor 11, 27-29) et du bien commun de l’Église, le grave devoir de l’avertir qu’un tel jugement de conscience est en opposition patente avec la doctrine de l’Église (Cf. Code de Droit Canonique, canon 978 § 2). ». Voilà pour ce qui est de l’adultère habituel (more uxorio pouvant se traduire par « maritalement »).

Le Conseil pontifical pour les textes législatifs dans la Déclaration relative à l’admissibilité des divorcés remariés à la sainte communion, 24 juin 2000 écrit par ailleurs : « Le Code de droit canonique établit que ‘les excommuniés et les interdits, après l’infliction ou la déclaration de la peine, et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion’ » (canon 915).

Voilà des exemples utiles sur l’usage qui est fait du CDC dans le Magistère. Mais il est bien plus fructueux de ne pas se contenter d’aligner des canons mais plutôt d’étudier et de comprendre les textes de l’Eglise et, bien sûr, l’Ecriture. Par exemple, Veritatis splendor et Familiaris consortio, les Epîtres pauliniennes reprennent l’Enseignement de l’Eglise sur ces questions. Amoris laetitia est utile dans un sens d’accompagnement pastoral et de progrès spirituel des personnes concernées.

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