2000 ans de régression de l’Eglise et synchronisation âme-corps?

S’agissant de la communion, depuis les Apôtres, n’y-a-t-il pas 2000 ans d’enseignement de l’Eglise avec sa Tradition? (…) L’on ne revoie jamais la tradition qu’à la baisse. Notre attitude corporelle est absolument synchrone avec notre coeur et pour finir notre foi.

Cette question en comprend en fait deux, auxquelles nous allons apporter des éclaircissements.

1° sur la question de la Tradition depuis 2000 ans qui serait revue à la baisse. C’est exactement la thèse dominante dans le protestantisme. Les Protestants estiment se fonder sur une Tradition fixée dans l’Ecriture et réfutent comme dévalorisé tout ce que l’Eglise a pu enseigner ensuite. Encore faut-il nuancer : la plupart des églises protestantes acceptent au moins les conciles œcuméniques jusqu’à celui de Chalcédoine (451). Si l’assertion contenue dans la question était vraie, toute la Doctrine de l’Eglise depuis la fin des temps apostoliques serait un mode dégradé du christianisme : le Credo issu des conciles de Nicée-Constantinople, la déclaration de la Vierge Marie theotokos à Ephèse, les deux natures du Christ à Chalcédoine, la Réforme catholique du Concile de Trente etc. Que ce soit à propos de l’eucharistie ou des autres dogmes de l’Eglise.

Cela voudrait dire aussi que tout travail théologique, toute encyclique, toute création d’ordre religieux, serait dégradée par rapport à ce qui l’a précédé. Que, par exemple, St Thomas d’Aquin est inférieur à ses prédécesseurs. S’agissant spécifiquement de l’eucharistie, l’Adoration eucharistique perpétuelle, par exemple, serait une régression par rapport aux temps apostoliques où on n’en a aucune trace. Voilà qui est frontalement erroné du point de vue de l’Enseignement de l’Eglise.

2° Sur la relation cœur-corps, il est vrai qu’un des fruits de la vie spirituelle est l’unification complète de la personne. C’est-à-dire que son corps et son âme (ou son corps, son âme et son esprit, selon l’anthropologie sur laquelle le théologien se base. Les deux existent dans l’anthropologie chrétienne) sont à l’unisson.

Malheureusement, cela ne se vérifie pas la plupart du temps, même pour les plus grands mystiques. Ste Thérèse d’Avila explique par exemple dans le Château intérieur que ses extases s’accompagnaient d’une impuissance totale de son corps, d’évanouissements, voire de maladies. La somatisation consécutive à ses expériences montre que son corps « ne suivait pas » les élans de son âme.

Donc, ce qui n’est pas vrai pour la Santa, Docteur de l’Eglise, risque de ne pas l’être pour le simple fidèle. D’ailleurs, dans sa sagesse, l’Eglise en prend acte : dans le Je confesse à Dieu, on admet pécher en pensée, c’est-à-dire sans que le corps n’intervienne. L’Eglise a en outre toujours clairement distingué le for interne, qui est purement dans le cœur, du for externe, qui englobe les actes et les paroles, et qui mobilise donc le corps. Par conséquent, non, le coeur et le corps sont loin d’être toujours synchronisés.

2000 ans de régression de l’Eglise et synchronisation âme-corps?
2.8 (56.67%) 6 votes